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TVA en SAS : régimes applicables, déclarations et échéances

Rédigé par Redlina Dernière mise à jour : 9 minutes de lecture

Une SAS est redevable de la TVA (taxe sur la valeur ajoutée) dès qu'elle réalise des ventes ou des prestations de services soumises à cette taxe, indépendamment de son régime d'imposition sur les bénéfices. Le régime de TVA applicable n'est pas un choix libre : il dépend du chiffre d'affaires réalisé par la société, sauf option contraire expressément exercée.

Trois régimes coexistent : la franchise en base, qui dispense de facturer et de déclarer la TVA en deçà de certains seuils, le régime réel simplifié, qui allège la fréquence des déclarations, et le régime réel normal, qui impose une déclaration mensuelle. Chacun implique des obligations fiscales et des échéances différentes.

Cet article détaille les conditions d'application de chaque régime, les formulaires à déposer, les délais à respecter et les conséquences d'un retard de déclaration.

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La TVA en SAS : un principe indépendant du régime d'imposition

La TVA est un impôt indirect sur la consommation, collecté par les entreprises pour le compte de l'État. Une SAS soumise à l'impôt sur les sociétés reste redevable de la TVA sur ses ventes et prestations, ces deux impositions relevant de logiques totalement distinctes : l'une taxe le bénéfice réalisé, l'autre taxe le chiffre d'affaires généré par l'activité.

Concrètement, la SAS collecte de la TVA auprès de ses clients (TVA collectée) et peut récupérer la TVA payée sur ses achats professionnels (TVA déductible). La différence entre ces deux montants constitue soit une TVA à payer au Trésor public, soit un crédit de TVA en faveur de la société lorsque la TVA déductible excède la TVA collectée.

Le régime de TVA applicable à une SAS découle de son chiffre d'affaires hors taxes réalisé lors de l'exercice précédent. Trois régimes sont prévus par le Code général des impôts, chacun correspondant à une tranche de chiffre d'affaires et à des obligations déclaratives propres.

La franchise en base de TVA

La franchise en base de TVA dispense une entreprise de facturer, de déclarer et de payer la TVA sur ses opérations, tant que son chiffre d'affaires reste sous certains seuils. Ce mécanisme, prévu à l'article 293 B du Code général des impôts, concerne principalement les SAS de petite taille, notamment lors de leur première année d'activité.

Les seuils diffèrent selon la nature de l'activité. Pour les ventes de marchandises, la restauration et l'hébergement, le seuil de base est fixé à 85 000 € de chiffre d'affaires annuel, avec une tolérance jusqu'à 93 500 € l'année de dépassement. Pour les prestations de services, le seuil de base est de 37 500 €, avec une tolérance jusqu'à 41 250 €.

Sous ce régime, la SAS facture ses ventes hors taxe et doit obligatoirement mentionner sur chaque facture la formule « TVA non applicable, article 293 B du CGI ». En contrepartie, elle ne peut déduire aucune TVA sur ses achats et n'a aucune déclaration de TVA à déposer.

Une SAS peut renoncer volontairement à la franchise en optant pour un régime réel, par exemple lorsqu'elle souhaite récupérer la TVA payée sur des investissements importants. Cette option, formulée auprès du service des impôts des entreprises, s'applique pour une durée minimale de deux ans.

Le régime réel simplifié

Le régime réel simplifié s'applique lorsque le chiffre d'affaires de la SAS dépasse les seuils de la franchise en base, sans excéder 840 000 € pour les activités de vente de biens, de restauration et d'hébergement, ou 254 000 € pour les prestations de services. Une condition supplémentaire s'ajoute : le montant de TVA due au titre de l'année précédente doit rester inférieur à 15 000 €.

Sous ce régime, la SAS dépose une déclaration annuelle de régularisation, le formulaire CA12, qui récapitule l'ensemble des opérations de l'exercice et détermine le montant exact de TVA due. En cours d'année, elle verse deux acomptes semestriels : un acompte en juillet, correspondant à 55 % de la TVA due l'année précédente, et un acompte en décembre, correspondant à 40 % de ce même montant. Aucun acompte n'est exigé lorsque la TVA due l'année précédente était inférieure à 1 000 €.

La déclaration CA12 doit être déposée au plus tard le deuxième jour ouvré suivant le 1er mai lorsque l'exercice de la SAS coïncide avec l'année civile. Lorsque l'exercice comptable est clos à une autre date, la déclaration doit être déposée dans les trois mois suivant la clôture.

Le régime réel normal

Le régime réel normal s'applique automatiquement lorsque le chiffre d'affaires de la SAS dépasse les seuils du régime simplifié, ou lorsque la TVA due dans le cadre du régime simplifié excède 15 000 € sur l'année. Une SAS peut également opter volontairement pour ce régime, quelle que soit sa taille.

Ce régime impose une déclaration mensuelle de TVA, le formulaire CA3, déposée selon une échéance déterminée par le numéro de SIREN de la société, généralement entre le 15 et le 24 du mois suivant la période concernée. Une SAS dont la TVA due sur l'année n'excède pas 4 000 € peut demander à déposer une déclaration trimestrielle plutôt que mensuelle.

Chaque déclaration CA3 récapitule la TVA collectée sur les ventes du mois, la TVA déductible sur les achats correspondants, et détermine le solde à payer ou le crédit de TVA constaté sur la période.

Régime de TVA Seuils et modalités déclaratives
Franchise en base CA ≤ 85 000 € (biens) ou 37 500 € (services). Aucune déclaration, pas de TVA facturée ni déductible.
Réel simplifié CA jusqu'à 840 000 € (biens) ou 254 000 € (services), TVA due N-1 < 15 000 €. Déclaration annuelle CA12 et 2 acomptes semestriels.
Réel normal Au-delà des seuils précédents, ou sur option. Déclaration mensuelle CA3 (trimestrielle possible si TVA annuelle < 4 000 €).

Déclarer et payer la TVA : formulaires et échéances

Quel que soit le régime applicable, les déclarations de TVA sont obligatoirement transmises par voie dématérialisée, via l'espace professionnel du site impots.gouv.fr. Le paiement s'effectue également par télérèglement, aucune autre modalité n'étant admise pour les sociétés soumises à l'impôt sur les sociétés.

Les échéances mensuelles du régime réel normal sont fixées par l'administration fiscale en fonction du numéro SIREN de la société, réparties sur plusieurs jours du mois afin d'échelonner le traitement des déclarations. Ces dates figurent chaque année dans le calendrier fiscal et juridique propre à chaque SAS, aux côtés des autres échéances récurrentes de la société.

Pour le régime réel simplifié, la déclaration CA12 et le calcul des acomptes reposent sur les données de l'exercice précédent. Un écart significatif entre l'activité réelle et les acomptes versés peut être corrigé lors de la déclaration annuelle, qui régularise le solde définitif de TVA due ou de crédit constaté.

Checklist : respecter ses obligations de TVA

Voici les points à vérifier chaque exercice pour s'assurer que la SAS applique le régime de TVA adapté à son activité et respecte ses échéances déclaratives.

Point de vigilance

Le passage du régime réel simplifié au régime réel normal n'attend pas la clôture de l'exercice : il s'applique dès le premier jour du mois au cours duquel les seuils sont dépassés. La SAS doit alors déposer sans délai des déclarations mensuelles CA3, sous peine de se retrouver en situation de retard déclaratif sans même en avoir pris conscience.

Ce changement de régime doit être signalé au service des impôts des entreprises, qui adapte en conséquence le calendrier de dépôt applicable à la société.

Retard ou absence de déclaration : quelles conséquences ?

Le dépôt tardif d'une déclaration de TVA entraîne une majoration de 10 % du montant dû. Cette majoration passe à 40 % si la SAS ne régularise pas sa situation dans les trente jours suivant une mise en demeure de l'administration fiscale, et à 80 % en cas d'opposition à un contrôle fiscal.

S'ajoutent à ces majorations des intérêts de retard, calculés au taux de 0,20 % par mois de retard sur le montant de TVA non versé dans les délais. En l'absence totale de déclaration malgré une mise en demeure, l'administration peut procéder à une taxation d'office, fondée sur ses propres estimations du chiffre d'affaires réalisé.

Ces sanctions s'appliquent indépendamment de celles encourues au titre des autres obligations fiscales de la société, notamment le versement des acomptes d'impôt sur les sociétés, dont les échéances et les pénalités relèvent d'un mécanisme distinct.

FAQ : TVA en SAS

Une SAS en franchise de TVA peut-elle facturer de la TVA à ses clients ?

Non. Une SAS bénéficiant de la franchise en base de TVA doit facturer ses ventes hors taxe et mentionner sur chaque facture la référence à l'article 293 B du Code général des impôts. Si elle facture par erreur de la TVA, elle devient redevable de cette taxe auprès du Trésor public, même si elle n'était pas tenue de la collecter.

Que se passe-t-il si ma SAS dépasse les seuils du régime réel simplifié en cours d'année ?

Le passage au régime réel normal s'applique dès le premier jour du mois de dépassement, sans attendre le début de l'exercice suivant. La SAS doit alors déposer des déclarations mensuelles de TVA (CA3) à compter de cette date et en informer son service des impôts des entreprises.

Que faire si ma SAS dispose d'un crédit de TVA ?

Un crédit de TVA apparaît lorsque la TVA déductible excède la TVA collectée sur une période donnée. La SAS peut demander son remboursement auprès de l'administration fiscale, selon une périodicité qui dépend de son régime, ou choisir de reporter ce crédit sur la déclaration suivante.

Les ventes réalisées par une SAS à l'étranger sont-elles soumises à la TVA française ?

Cela dépend des règles de territorialité de la TVA, propres à chaque type d'opération. Les exportations hors Union européenne sont en principe exonérées, tandis que les livraisons intracommunautaires et les prestations de services transfrontalières obéissent à des règles spécifiques qu'il convient de vérifier au cas par cas.

Sources légales et réglementaires :

  1. Code général des impôts – Article 293 B (franchise en base de TVA)
  2. Code général des impôts – Article 302 septies A (régime réel simplifié)
  3. Code général des impôts – Article 287 (déclarations de TVA)
  4. BOFiP – TVA, régimes d'imposition
  5. impots.gouv.fr – La TVA pour les professionnels