Article

Embaucher son premier salarié : guide complet

Rédigé par Redlina Dernière mise à jour : 12 minutes de lecture

Recruter son premier salarié fait basculer un dirigeant d'un statut à un autre : il devient employeur au sens juridique du terme, avec l'ensemble des obligations que ce statut implique. Cette transition ne se limite pas à signer un contrat de travail. Elle déclenche une série de démarches déclaratives, contractuelles et sociales qui doivent être accomplies dans un ordre précis, avant même que le salarié ne prenne son poste.

Beaucoup de dirigeants découvrent ces obligations au moment où ils en ont le plus besoin, sous la pression d'un recrutement urgent. Or certaines démarches, comme la déclaration préalable à l'embauche, doivent impérativement être réalisées avant le premier jour de travail du salarié. D'autres, comme l'adhésion à une caisse de retraite complémentaire ou la mise en place d'une mutuelle d'entreprise, engagent l'employeur sur la durée.

Cet article détaille, étape par étape, l'ensemble des démarches à accomplir pour embaucher son premier salarié en toute conformité : les formalités préalables, le choix du contrat, la rédaction des clauses obligatoires, la fixation de la rémunération et les obligations sociales qui naissent dès la première embauche.

Accès direct :

Les démarches à accomplir avant l'embauche

Avant toute signature de contrat, plusieurs démarches doivent être anticipées. Elles conditionnent la validité de l'embauche et déterminent une partie des règles applicables à la relation de travail.

Identifier la convention collective applicable

Chaque entreprise relève, en principe, d'une convention collective déterminée par son activité principale. Ce texte négocié entre organisations professionnelles et syndicales complète le Code du travail : il fixe souvent des règles plus favorables au salarié en matière de salaire minimum, de période d'essai, de préavis ou de classification des postes. Identifier sa convention collective avant l'embauche évite de rédiger un contrat qui ne respecterait pas ces dispositions.

Effectuer la déclaration préalable à l'embauche

La déclaration préalable à l'embauche, ou DPAE, est une formalité obligatoire auprès de l'Urssaf. Elle doit être transmise au plus tôt huit jours avant l'embauche, et au plus tard juste avant la prise de poste du salarié. Cette déclaration unique permet d'accomplir simultanément plusieurs formalités : immatriculation de l'entreprise en tant qu'employeur si nécessaire, affiliation du salarié aux organismes de protection sociale, et demande de visite d'information et de prévention auprès des services de santé au travail. Le détail de cette procédure, ainsi que les délais précis à respecter, fait l'objet d'un article dédié à la DPAE.

Anticiper la visite médicale du salarié

Tout salarié doit bénéficier d'une visite d'information et de prévention, ou d'un suivi médical renforcé selon son poste, organisée par le service de santé au travail. Cette visite doit en principe intervenir dans les trois mois suivant la prise de poste, sauf pour certains postes à risque où elle doit être réalisée avant l'embauche effective. L'employeur doit adhérer à un service de santé au travail dès le premier salarié, ce qui implique une cotisation annuelle calculée selon les effectifs de l'entreprise.

Choisir le type de contrat de travail

Le choix du contrat dépend de la nature du besoin de l'entreprise. Le Code du travail encadre strictement les cas de recours à chaque type de contrat, et une erreur de qualification peut exposer l'employeur à une requalification judiciaire.

Le CDI, contrat de référence

Le contrat à durée indéterminée est la forme normale et générale de la relation de travail. Il n'a pas de terme fixé à l'avance et peut être rompu selon les procédures prévues par la loi : démission, licenciement, rupture conventionnelle. Aucun motif particulier n'est requis pour recourir à un CDI, contrairement au CDD.

Le CDD, un recours encadré

Le contrat à durée déterminée ne peut être conclu que pour l'exécution d'une tâche précise et temporaire, dans des cas limitativement énumérés par la loi : remplacement d'un salarié absent, accroissement temporaire d'activité, emploi saisonnier, notamment. Sa durée maximale, son renouvellement et les conditions de recours sont détaillés dans un article consacré aux conditions du CDD. Un CDD conclu en dehors de ces cas, ou pour pourvoir durablement un emploi lié à l'activité normale de l'entreprise, expose l'employeur à une requalification en CDI.

Pour un premier salarié destiné à occuper un poste pérenne, le CDI reste le contrat le plus adapté dans la grande majorité des situations. Le recours au CDD doit rester justifié par une situation ponctuelle réelle.

CDI CDD
Aucun motif de recours requis Motif de recours limitativement encadré par la loi
Pas de terme fixé à l'avance Terme précis ou événement déterminant la fin du contrat
Rupture selon les procédures légales classiques Fin automatique à l'échéance, sauf faute grave ou accord
Pas d'indemnité de fin de contrat Indemnité de fin de contrat de 10 % en principe

Rédiger un contrat de travail conforme

Un contrat de travail écrit n'est pas systématiquement obligatoire pour un CDI à temps plein, sauf disposition contraire de la convention collective. Il reste toutefois indispensable en pratique : c'est le seul document qui permette de fixer précisément les conditions d'emploi et de prévenir les litiges ultérieurs. Pour un CDD ou un contrat à temps partiel, l'écrit est en revanche obligatoire.

Le contrat doit comporter un socle de mentions incontournables : identité des parties, date d'embauche, poste occupé et qualification, lieu de travail, durée du travail, rémunération et périodicité de son versement. Les clauses obligatoires spécifiques au CDI, ainsi que les clauses facultatives les plus courantes comme la clause de non-concurrence ou la clause de mobilité, sont détaillées dans un article consacré aux clauses du CDI.

La période d'essai mérite une attention particulière, car sa durée et ses conditions de renouvellement sont strictement encadrées par le Code du travail et par la convention collective applicable. Une clause de période d'essai rédigée de manière imprécise, ou dont la durée dépasse les maximums légaux, peut être privée d'effet.

Point de vigilance

La période d'essai n'est jamais présumée : elle doit être expressément stipulée dans le contrat de travail ou la lettre d'engagement pour être opposable au salarié. En l'absence de clause écrite, le contrat est réputé conclu sans période d'essai, même si l'employeur pensait pouvoir en bénéficier.

La durée légale maximale et les modalités de renouvellement diffèrent selon la catégorie professionnelle du salarié et selon les dispositions conventionnelles applicables.

Fixer la rémunération du salarié

La rémunération versée au salarié ne peut être inférieure au salaire minimum interprofessionnel de croissance, le SMIC, qui constitue un plancher légal applicable à tous les employeurs, quelle que soit la taille de l'entreprise. Ce montant est révisé chaque année et peut faire l'objet de revalorisations en cours d'année en cas d'inflation significative.

Le SMIC ne constitue toutefois qu'un plancher. La convention collective applicable à l'entreprise fixe généralement une grille de salaires minimaux par catégorie et par niveau, souvent supérieure au SMIC. L'employeur doit respecter le minimum le plus favorable au salarié entre le SMIC et le salaire minimum conventionnel correspondant à sa classification. Les règles précises de détermination du salaire minimum applicable sont détaillées dans un article dédié au SMIC et aux grilles conventionnelles.

Au-delà du salaire de base, certains éléments de rémunération peuvent être obligatoires selon la convention collective : prime d'ancienneté, treizième mois, prime de vacances. Ces éléments doivent être identifiés en amont, car ils s'ajoutent au salaire brut et influent directement sur le coût réel de l'embauche.

Les obligations sociales de l'employeur

Embaucher un salarié déclenche automatiquement une série d'obligations sociales, indépendantes de la volonté de l'employeur. Certaines représentent un coût direct, d'autres sont des obligations d'affiliation ou de mise en place.

Les charges patronales

En complément du salaire brut, l'employeur doit verser des cotisations sociales patronales, calculées principalement sur ce salaire brut. Ces charges financent l'assurance maladie, la retraite, le chômage et diverses contributions. Leur taux global varie selon la taille de l'entreprise et les exonérations applicables, notamment la réduction générale de cotisations patronales, souvent appelée réduction Fillon, qui allège fortement le coût du travail pour les rémunérations proches du SMIC. Le détail du calcul de ces charges patronales du premier salarié permet d'estimer précisément le coût total de l'embauche.

L'adhésion à une caisse de retraite complémentaire

Dès le premier salarié, l'employeur doit adhérer à une caisse de retraite complémentaire relevant du régime Agirc-Arrco. Cette adhésion est obligatoire, quelle que soit la durée du travail du salarié ou la nature de son contrat, et doit intervenir dans les trois mois suivant l'embauche.

La mutuelle d'entreprise obligatoire

Depuis la généralisation de la complémentaire santé collective, tout employeur du secteur privé doit proposer à ses salariés une mutuelle d'entreprise, financée au minimum à hauteur de la moitié de la cotisation par l'employeur. Cette obligation s'applique dès le premier salarié, sauf cas de dispense expressément prévus par la réglementation. Les conditions de mise en place et le coût réel de cette obligation sont détaillés dans un article consacré à la mutuelle d'entreprise obligatoire.

Les titres-restaurant, une option non obligatoire

Contrairement à la mutuelle, les titres-restaurant ne constituent pas une obligation légale. Il s'agit d'un avantage facultatif que l'employeur peut choisir d'octroyer, avec un régime social et fiscal favorable sous certaines conditions.

Les formalités et registres à mettre en place

Certaines obligations documentaires s'imposent dès le premier salarié, indépendamment du secteur d'activité ou de la taille de l'entreprise.

Le registre unique du personnel

L'employeur doit tenir un registre unique du personnel, qui recense l'ensemble des salariés employés par l'entreprise dans l'ordre chronologique de leur embauche. Ce registre doit mentionner l'identité du salarié, sa date d'entrée, la nature de son contrat et, le cas échéant, sa date de sortie. Il doit être tenu dès l'embauche du premier salarié et être accessible à l'inspection du travail en cas de contrôle.

Les affichages obligatoires

Même une entreprise employant un seul salarié doit afficher certaines informations dans les locaux de travail : coordonnées de l'inspection du travail et des services de santé au travail, consignes de sécurité incendie, ainsi que la convention collective applicable ou les modalités de consultation de ce texte.

Checklist : les étapes pour embaucher son premier salarié

Voici l'enchaînement des démarches à respecter, de la préparation de l'embauche à l'intégration effective du salarié dans l'entreprise.

FAQ : embaucher son premier salarié

Faut-il un contrat de travail écrit pour un CDI à temps plein ?

La loi n'impose pas systématiquement un écrit pour un CDI à temps plein, sauf disposition contraire de la convention collective applicable. En pratique, un contrat écrit reste indispensable pour sécuriser la relation de travail et fixer les clauses spécifiques comme la période d'essai.

Peut-on embaucher un salarié sans lui proposer de mutuelle d'entreprise ?

Non, sauf cas de dispense prévus par la loi. Toute entreprise du secteur privé employant au moins un salarié doit lui proposer une complémentaire santé collective, financée au minimum à hauteur de 50 % par l'employeur.

L'employeur doit-il déclarer son premier salarié à une caisse de retraite complémentaire ?

Oui. L'adhésion à une caisse de retraite complémentaire relevant de l'Agirc-Arrco est obligatoire dès le premier salarié, quelle que soit la nature de son contrat ou la durée de son temps de travail.

Un employeur qui embauche pour la première fois doit-il rédiger un règlement intérieur ?

Non. Le règlement intérieur n'est obligatoire qu'à partir de 50 salariés. En dessous de ce seuil, l'employeur peut néanmoins formaliser certaines règles internes, sans que cela constitue une obligation légale.

Sources légales et réglementaires :

  1. Code du travail – Contrat de travail à durée indéterminée
  2. Code du travail – Contrat de travail à durée déterminée
  3. Urssaf.fr – Embaucher un salarié
  4. Service-Public.fr – Déclaration préalable à l'embauche
  5. Code du travail – Registre unique du personnel (Article L1221-13)