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Première année d'une EURL : obligations immédiates et délais à respecter

Rédigé par Redlina Dernière mise à jour : 8 minutes de lecture

L'immatriculation d'une EURL marque le début d'une série d'obligations dont les délais sont parfois très courts. Débloquer le capital social, choisir un régime fiscal, s'affilier à la sécurité sociale ou ouvrir une comptabilité : chacune de ces démarches répond à une échéance précise, souvent méconnue du gérant qui vient de créer sa société.

Certaines de ces obligations doivent être accomplies dans les jours qui suivent la réception du K-bis. D'autres laissent quelques semaines ou quelques mois de marge, mais leur non-respect peut avoir des conséquences fiscales ou juridiques réelles : perte d'une option fiscale, fragilité d'une décision de l'associé unique, ou simple retard dans le fonctionnement normal de la société.

Ce guide détaille, dans l'ordre chronologique, les obligations immédiates de la première année d'une EURL et les délais associés à chacune d'elles.

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Les formalités à finaliser juste après l'immatriculation

Dès réception de l'extrait K-bis, plusieurs démarches doivent être engagées sans délai. La première concerne le capital social : les fonds versés par l'associé unique lors de la constitution ont été déposés sur un compte bloqué, avant l'immatriculation. Ce blocage n'est levé qu'à la présentation du K-bis à la banque, qui transfère alors les sommes sur le compte courant de la société. Sans cette démarche, l'EURL ne dispose d'aucune trésorerie disponible malgré son immatriculation.

Le registre des bénéficiaires effectifs doit également être déposé auprès du greffe. Il identifie la personne physique qui exerce le contrôle de la société : pour une EURL, il s'agit en pratique de l'associé unique. Ce dépôt s'effectue en principe au moment de la demande d'immatriculation. Lorsqu'il n'a pas pu être réalisé à cette occasion, un délai complémentaire est accordé à compter de la délivrance du récépissé de dépôt de dossier. Les modalités de constitution et de mise à jour de ce registre des bénéficiaires effectifs méritent une attention particulière, car son absence expose la société à des sanctions spécifiques.

Le registre des décisions de l'associé unique doit également être créé dès l'immatriculation, même s'il reste vierge en l'absence de décision à y consigner. Ce registre, prévu par l'article R223-26 du Code de commerce, retrace les décisions qui relèvent normalement de la compétence de l'assemblée générale dans une SARL pluripersonnelle : approbation des comptes, modifications statutaires, opérations sur le capital social.

Les choix fiscaux à opérer dans les premiers mois

Une EURL est soumise par défaut à l'impôt sur le revenu (IR), dans la catégorie correspondant à l'activité exercée. Le résultat de la société est alors directement imposé au nom de l'associé unique, sans imposition au niveau de la société elle-même. Ce régime s'applique automatiquement, sans démarche particulière à accomplir.

L'associé unique peut cependant opter pour l'impôt sur les sociétés (IS). Cette option transforme la fiscalité de la société : le résultat est imposé au niveau de l'EURL, et l'associé unique n'est personnellement taxé que sur les rémunérations et dividendes qu'il perçoit. Pour être applicable dès le premier exercice, cette option doit être notifiée au service des impôts avant la fin du troisième mois de cet exercice. Passé ce délai, elle ne prend effet qu'à compter de l'exercice suivant. Les conséquences pratiques de ce choix, aussi bien sur le plan fiscal que social, sont détaillées dans notre comparatif entre EURL à l'IS et EURL à l'IR.

Le régime de TVA applicable doit également être déterminé dès les premiers mois d'activité. Une EURL nouvellement créée relève en principe de la franchise en base de TVA si son chiffre d'affaires prévisionnel reste sous les seuils légaux, ce qui la dispense de facturer et de déclarer la TVA. L'associé unique peut toutefois opter pour un régime réel, notamment lorsque l'activité génère des charges soumises à TVA importantes dès le démarrage.

Erreur fréquente

De nombreux créateurs d'EURL découvrent l'option pour l'impôt sur les sociétés plusieurs mois après l'immatriculation, une fois le délai de trois mois expiré. Cette option devient alors applicable seulement à l'exercice suivant, ce qui peut représenter une année entière d'imposition à l'IR non anticipée.

Ce délai court à compter du début du premier exercice, et non de la date d'immatriculation lorsque celle-ci intervient après le démarrage effectif de l'activité. Une vérification rapide de cette date évite toute confusion.

L'affiliation sociale du gérant et les premières cotisations

Le gérant associé unique d'une EURL relève du régime social des travailleurs indépendants, quelle que soit l'option fiscale retenue par la société. Cette affiliation est automatique : elle résulte directement de la déclaration effectuée lors de l'immatriculation auprès du guichet unique, sans démarche supplémentaire à accomplir auprès de l'Urssaf.

Les cotisations sociales dues au titre de la première année sont calculées sur une base forfaitaire, en l'absence de revenu de référence. Ce calcul provisoire est ensuite régularisé une fois le résultat réel de l'exercice connu, ce qui peut entraîner un rappel de cotisations parfois significatif l'année suivante. Le détail du calcul, des taux applicables et des échéances de paiement est présenté dans notre article consacré au régime social du gérant associé unique.

Le gérant doit par ailleurs transmettre chaque année sa déclaration de revenus destinée au calcul de ses cotisations. Pour la première année d'activité, cette déclaration porte sur un revenu estimé, faute de résultat définitif disponible au moment de son dépôt.

Les obligations comptables dès le premier exercice

La tenue d'une comptabilité régulière s'impose dès le premier jour d'activité, indépendamment de la date d'immatriculation. Le gérant doit tenir un livre-journal enregistrant chronologiquement les opérations, un grand livre reprenant ces mêmes opérations par compte, ainsi qu'un livre d'inventaire recensant les éléments d'actif et de passif de la société.

La durée du premier exercice comptable n'est pas nécessairement fixée à douze mois. Les statuts peuvent prévoir un premier exercice plus court, ou au contraire plus long, notamment lorsque la société est immatriculée en fin d'année civile : dans ce cas, il est fréquent que le premier exercice s'étende jusqu'au 31 décembre de l'année suivante. L'ensemble des règles comptables applicables à une EURL, y compris les obligations qui varient selon la taille de la société, est détaillé dans notre article sur les obligations comptables d'une EURL.

À la clôture de ce premier exercice, le gérant doit établir un bilan, un compte de résultat et une annexe, sauf si la société bénéficie d'une dispense applicable aux micro-entreprises au sens comptable. Ces documents serviront de base à l'approbation des comptes par l'associé unique, puis à leur dépôt au greffe.

La CFE et les autres échéances fiscales de la première année

La cotisation foncière des entreprises (CFE) n'est pas due au titre de l'année de création de l'EURL. Cette exonération s'applique de plein droit, sans démarche particulière, en application de l'article 1478 du Code général des impôts.

Une déclaration initiale, le formulaire 1447-C-SD, doit néanmoins être déposée avant le 31 décembre de l'année de création. Cette déclaration permet à l'administration fiscale de calculer la CFE due à compter de l'année suivante, où la base d'imposition bénéficie encore d'une réduction de moitié.

Si l'EURL a opté pour l'impôt sur les sociétés, elle est également dispensée du versement d'acomptes d'IS au titre de son premier exercice, ou de sa première période d'imposition arrêtée à une date quelconque. L'impôt correspondant est réglé en une seule fois, lors du dépôt du relevé de solde suivant la clôture de cet exercice.

La cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE) ne concerne pas la grande majorité des EURL nouvellement créées : elle ne s'applique qu'au-delà d'un seuil de chiffre d'affaires que peu de sociétés atteignent dès leur première année.

Checklist : les échéances à ne pas manquer lors de la première année

Voici les principales échéances de la première année d'une EURL, à suivre dans l'ordre chronologique pour sécuriser le démarrage de la société.

FAQ : première année d'une EURL

Une EURL doit-elle obligatoirement recourir à un expert-comptable dès sa première année ?

Non, aucun texte n'impose l'intervention d'un expert-comptable, quelle que soit la taille de la société. Le gérant peut tenir lui-même sa comptabilité, à condition de respecter les obligations légales applicables.

Faut-il ouvrir un compte bancaire dédié à l'EURL dès l'immatriculation ?

Oui. Une société commerciale comme l'EURL doit disposer d'un compte bancaire ouvert à son nom, distinct du compte personnel de l'associé unique. Ce compte reçoit notamment les fonds débloqués après la présentation du K-bis.

Le gérant peut-il se verser une rémunération dès les premiers mois d'activité ?

Oui, rien ne l'interdit, y compris en l'absence de résultat positif. Cette rémunération reste toutefois soumise aux cotisations sociales du régime des travailleurs indépendants, calculées initialement sur une base forfaitaire.

Que risque une EURL qui n'a pas déposé son registre des bénéficiaires effectifs dans les délais ?

L'absence de dépôt peut être sanctionnée par une injonction du président du tribunal de commerce, assortie le cas échéant d'une astreinte, ainsi que par des sanctions pénales prévues par le Code monétaire et financier en cas de manquement délibéré.

Sources légales et réglementaires :

  1. Code général des impôts – Article 239 (option pour l'impôt sur les sociétés)
  2. Code général des impôts – Article 1478 (exonération de CFE l'année de création)
  3. Code général des impôts – Article 1668 (dispense d'acomptes d'IS la première année)
  4. Code de commerce – Article R223-26 (registre des décisions de l'associé unique)
  5. Code monétaire et financier – Article R561-55 (registre des bénéficiaires effectifs)
  6. Urssaf.fr – Cotisations sociales des travailleurs indépendants