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Facturation : le guide complet des obligations légales

Rédigé par Redlina Dernière mise à jour : 10 minutes de lecture

Émettre une facture n'est pas une simple formalité comptable : c'est une obligation légale qui s'impose à tout professionnel dès qu'il vend un bien ou réalise une prestation pour un autre professionnel. Cette obligation découle de l'article 289 du Code général des impôts et s'accompagne de règles précises sur le contenu, les délais et la conservation des factures.

Une facture mal rédigée, émise en retard ou non conservée pendant la durée légale expose le dirigeant à des conséquences concrètes : rejet de la TVA déductible, contestation par un client, sanction fiscale, voire amende en cas de manquement répété.

Ce guide réunit l'ensemble des obligations légales applicables à la facturation en France : qui doit facturer, quand, avec quelles mentions, sous quelle forme, et pendant combien de temps conserver ces documents.

Accès direct :

Qui doit émettre une facture ?

L'obligation de facturer s'impose à tout professionnel, quel que soit son statut juridique : entreprise individuelle, micro-entrepreneur, société commerciale ou profession libérale. Le régime fiscal du vendeur, qu'il soit soumis à la TVA ou en franchise en base, n'a aucune incidence sur cette obligation : seule la nature de la relation commerciale, et pour les particuliers le montant de la transaction, déterminent si une facture doit être délivrée.

Entre professionnels, la facture est obligatoire dans tous les cas, dès la réalisation de la vente ou de la prestation. Face à un consommateur, l'obligation dépend du montant de la transaction et de sa nature.

Situation Obligation de facturation
Vente ou prestation entre professionnels Facture obligatoire, sans condition de montant
Vente à un consommateur, montant ≥ 25 € TTC Facture obligatoire
Vente à un consommateur, montant < 25 € TTC Facture délivrée uniquement sur demande du client
Vente à distance à un consommateur Facture obligatoire, quel que soit le montant

Ce seuil de 25 € résulte d'un arrêté du 3 octobre 1983 toujours en vigueur. En dessous de ce montant, le professionnel n'est pas tenu de délivrer spontanément une facture au consommateur, mais doit le faire si celui-ci en fait la demande.

Quand la facture doit-elle être émise ?

La facture doit être émise dès la réalisation de la vente ou l'exécution de la prestation de services, conformément à l'article 289 du Code général des impôts. Lorsqu'un acompte est versé avant la livraison ou la prestation, une facture doit également être établie au moment de son encaissement.

Une tolérance existe pour les relations commerciales suivies : lorsque plusieurs livraisons ou prestations sont réalisées pour un même client au cours d'un mois calendaire, une facture récapitulative unique peut être établie, à condition d'être émise au plus tard à la fin de ce même mois.

Émettre une facture tardivement n'est pas neutre : en cas de contrôle fiscal, ce retard peut être requalifié en manquement à l'obligation de facturation, avec les conséquences décrites plus loin dans cet article.

Que doit contenir une facture ?

Le Code de commerce impose une liste précise de mentions à faire figurer sur chaque facture. Certaines concernent l'identification des parties, d'autres la nature de l'opération, et d'autres encore les conditions de paiement.

Cette liste n'est pas exhaustive : d'autres mentions s'ajoutent selon la situation du professionnel, notamment en cas de franchise en base de TVA, de réduction de prix ou d'opération intracommunautaire. Le détail complet de ces mentions, avec leur formulation exacte, est présenté dans notre article consacré aux mentions obligatoires sur les factures.

Point de vigilance

Un professionnel qui bénéficie de la franchise en base de TVA ne doit jamais faire apparaître de TVA sur ses factures. Il doit à la place mentionner explicitement « TVA non applicable, article 293 B du CGI ».

Faire apparaître une TVA à tort expose le professionnel à devoir la reverser intégralement au Trésor public, même s'il n'était pas assujetti.

Comment numéroter ses factures ?

Chaque facture doit porter un numéro unique, basé sur une séquence chronologique continue et sans rupture. Cette numérotation permet de garantir qu'aucune facture n'a été supprimée ou dissimulée, ce qui constitue un point de contrôle systématique en cas de vérification fiscale.

Plusieurs séquences de numérotation peuvent coexister, à condition qu'elles reposent sur un critère objectif et clairement identifiable : une séquence par année, par établissement ou par catégorie de client, par exemple. Les règles précises de construction de cette numérotation, ainsi que les erreurs les plus fréquentes, sont détaillées dans un article dédié à la numérotation des factures.

Facture papier ou facture électronique ?

La facture peut être émise sous forme papier ou sous forme électronique, les deux formats ayant la même valeur juridique dès lors que les conditions d'authenticité, d'intégrité et de lisibilité sont respectées.

Le cadre réglementaire évolue vers une généralisation progressive de la facture électronique entre professionnels assujettis à la TVA établis en France. L'obligation de réception s'appliquera à toutes les entreprises à compter du 1er septembre 2026, tandis que l'obligation d'émission sera étendue aux petites et moyennes entreprises à compter du 1er septembre 2027. Le calendrier complet de cette réforme, ainsi que les obligations qui en découlent pour chaque taille d'entreprise, sont détaillés dans notre article sur la facture électronique obligatoire.

Devis, bon de commande, facture proforma : quelles différences ?

La facture ne doit pas être confondue avec les autres documents commerciaux qui l'accompagnent souvent dans le parcours d'une vente.

Le devis

Le devis est un document précontractuel qui détaille une offre de prix avant la réalisation d'une prestation. Il engage le professionnel sur les conditions annoncées, mais ne constitue ni une facture ni une preuve de paiement.

Le bon de commande

Le bon de commande formalise l'accord du client sur une offre déterminée. Il précède généralement la livraison ou la prestation, et sert de référence pour établir la facture correspondante, sans pour autant se substituer à elle.

La facture proforma

La facture proforma est un document informatif qui reprend la présentation d'une facture, mais sans valeur comptable ni fiscale. Elle sert notamment à des fins douanières ou pour permettre à un client d'obtenir un financement avant l'émission de la facture définitive.

Les distinctions juridiques précises entre ces documents, ainsi que leur valeur contractuelle respective, sont développées dans les articles dédiés à chacun d'entre eux.

Comment corriger une facture déjà émise ?

Une facture émise ne peut jamais être modifiée ou supprimée après coup, même en cas d'erreur. Toute correction doit passer par l'émission d'un nouveau document : un avoir, lorsque la correction consiste à annuler tout ou partie du montant facturé, ou une facture rectificative, lorsque la correction porte sur une mention erronée sans remise en cause du prix.

Ces deux documents doivent faire référence explicitement à la facture d'origine, afin de conserver la traçabilité de l'opération. Les règles de rédaction applicables à chacun de ces documents sont détaillées dans un article dédié à l'avoir et à la facture rectificative.

Délais de paiement et pénalités de retard

Le délai de paiement légal entre professionnels

Entre professionnels, le délai de paiement par défaut est fixé à 30 jours à compter de la réception des biens ou de l'exécution de la prestation, sauf accord contraire entre les parties. Ce délai contractuel ne peut toutefois pas dépasser 60 jours à compter de l'émission de la facture, ou 45 jours fin de mois si cette modalité est prévue par contrat. Les règles complètes applicables à chaque secteur d'activité sont détaillées dans notre article sur les délais de paiement entre professionnels.

Les pénalités de retard

Tout paiement effectué après l'échéance déclenche automatiquement des pénalités de retard, sans qu'un rappel préalable ne soit nécessaire. Ces pénalités doivent être mentionnées sur la facture, à défaut de quoi le taux légal supplétif s'applique. Une indemnité forfaitaire de recouvrement de 40 € est due de plein droit en complément de ces pénalités, quel que soit le montant de la créance.

Combien de temps conserver ses factures ?

Les factures constituent des pièces justificatives comptables et doivent être conservées pendant 10 ans à compter de la clôture de l'exercice, conformément à l'article L123-22 du Code de commerce. Cette durée s'applique aussi bien aux factures émises qu'aux factures reçues.

Sur le plan fiscal, l'administration peut exercer son droit de reprise sur une période plus courte, mais la durée de conservation comptable de 10 ans reste la référence à retenir en pratique. Les modalités de conservation, notamment pour les factures dématérialisées, sont détaillées dans notre article sur l'archivage des factures.

Checklist : les obligations à respecter pour chaque facture

Avant d'envoyer une facture, ces vérifications permettent d'éviter les erreurs les plus fréquentes et les risques de sanction associés.

Que risque-t-on en cas de non-respect ?

Le non-respect des règles de facturation expose à deux types de sanctions distinctes, qui peuvent se cumuler.

Sur le plan fiscal, l'article 1737 du Code général des impôts prévoit une amende de 15 € par mention manquante ou inexacte sur une facture, plafonnée à 25 % du montant de la facture. Cette amende peut concerner aussi bien le vendeur que l'acheteur qui accepte une facture non conforme.

Sur le plan commercial, le défaut de délivrance d'une facture ou le non-respect des mentions obligatoires prévues par le Code de commerce peut entraîner une amende pouvant atteindre 75 000 € pour une personne physique et 375 000 € pour une personne morale. Ce montant peut être doublé en cas de réitération du manquement.

FAQ : facturation

Un auto-entrepreneur doit-il obligatoirement établir des factures ?

Oui, l'obligation de facturation s'applique à un micro-entrepreneur comme à toute autre entreprise, qu'il soit ou non redevable de la TVA.

Une facture peut-elle être rédigée dans une langue étrangère ?

Oui, mais l'administration fiscale peut exiger une traduction en français en cas de contrôle. Les montants doivent alors être clairement identifiables en euros.

Le client peut-il refuser une facture non conforme ?

Le client peut demander la régularisation d'une facture comportant des mentions manquantes ou erronées. Il n'est pas tenu d'accepter tel quel un document non conforme.

Une facture sans TVA est-elle toujours valable ?

Oui, notamment en cas de franchise en base de TVA ou d'opération exonérée, à condition que la mention justifiant l'absence de TVA figure sur la facture.

Sources légales et réglementaires :

  1. Code général des impôts – Article 289
  2. Code général des impôts – Article 1737
  3. Code de commerce – Article L441-9
  4. Code de commerce – Article L123-22
  5. Service-Public.fr – Facturation entre professionnels