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Archivage des factures : durées légales de conservation

Rédigé par Redlina Dernière mise à jour : 8 minutes de lecture

Une facture n'a pas vocation à être conservée quelques mois puis jetée. La loi impose de la garder pendant dix ans au titre des obligations comptables, même si l'administration fiscale ne peut en réclamer la présentation que pendant six ans. Cette différence entre deux durées légales distinctes est source de confusion fréquente chez les dirigeants de TPE, qui se débarrassent parfois de leurs pièces trop tôt.

La durée applicable dépend en réalité du fondement juridique retenu : obligation comptable, droit de communication fiscal, ou règles spécifiques à certaines opérations comme les biens immobiliers. Le support de la facture — papier ou électronique — influence également les modalités concrètes de conservation, notamment depuis que la réglementation de la facturation s'oriente progressivement vers la dématérialisation.

Cet article détaille les durées légales à respecter, les points de départ de ces délais, et les précautions à prendre selon le format sous lequel la facture est conservée.

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Pourquoi conserver ses factures ?

La facture est une pièce justificative comptable : elle prouve la réalité d'une vente ou d'un achat, justifie une écriture dans les livres comptables et fonde le droit à déduction de la TVA lorsqu'elle est facturée. Ce statut juridique explique pourquoi sa conservation ne relève pas d'un simple choix d'organisation, mais d'une obligation légale.

Deux catégories de factures sont concernées de la même manière : les factures émises à destination des clients et les factures reçues des fournisseurs. Les deux constituent des pièces justificatives soumises aux mêmes règles de conservation, indépendamment du sens de l'opération.

Trois motifs distincts justifient cette obligation. Le premier est comptable : les livres et pièces justificatives doivent pouvoir être présentés en cas de contrôle ou de contentieux. Le deuxième est fiscal : l'administration dispose d'un droit de communication lui permettant d'exiger la présentation des factures. Le troisième est civil : en cas de litige commercial, la facture constitue souvent l'élément de preuve central d'une créance ou d'une livraison.

Dix ans : la durée de conservation comptable

L'article L123-22 du Code de commerce impose aux commerçants et aux sociétés soumises à une obligation comptable de conserver leurs documents comptables et pièces justificatives pendant dix ans. Les factures relèvent explicitement de cette catégorie, au même titre que les livres comptables, les inventaires et les relevés bancaires professionnels.

Cette obligation s'applique largement : sociétés commerciales, artisans, commerçants individuels et professions soumises à une comptabilité d'engagement sont concernés. En pratique, ce délai de dix ans court à compter de la clôture de l'exercice comptable auquel se rattache la facture, et non à partir de sa date d'émission.

Concrètement, une facture émise en cours d'exercice doit être conservée jusqu'à dix ans après la clôture de cet exercice, ce qui repousse mécaniquement l'échéance réelle par rapport à une simple comparaison avec la date figurant sur le document.

Obligation comptable (10 ans) Obligation fiscale (6 ans)
Fondement : article L123-22 du Code de commerce Fondement : article L102 B du Livre des procédures fiscales
Concerne les commerçants et sociétés soumises à une obligation comptable Concerne toute personne soumise au droit de communication de l'administration fiscale
Point de départ : clôture de l'exercice comptable concerné Point de départ : date de la dernière opération mentionnée sur le document
Objectif : préserver les pièces justificatives de la comptabilité Objectif : permettre le contrôle et la vérification fiscale

Six ans : le délai de communication au fisc

L'article L102 B du Livre des procédures fiscales fixe une durée distincte : les livres, registres et documents susceptibles d'être présentés à l'administration fiscale, dans le cadre de son droit de communication, doivent être conservés pendant six ans. Ce délai court à compter de la date de la dernière opération mentionnée sur le document.

Cette durée de six ans coexiste avec l'obligation comptable de dix ans applicable aux mêmes documents. La facture étant à la fois une pièce comptable et un document susceptible d'être demandé par l'administration fiscale, les deux délais s'appliquent simultanément à elle, sans se substituer l'un à l'autre.

Point de vigilance

Le délai fiscal de six ans est souvent retenu à tort comme la seule référence à respecter. Or, une facture reste également une pièce comptable soumise à l'obligation de dix ans prévue par le Code de commerce.

En pratique, il convient donc de conserver systématiquement chaque facture pendant dix ans, et non six, afin de respecter la durée la plus protectrice applicable.

Facture papier ou électronique : quelles règles ?

Une facture reçue ou émise au format papier peut être conservée sous cette forme pendant toute la durée légale. Elle peut également être numérisée, ce qui permet ensuite de détruire l'original papier, à condition que la copie numérique respecte des conditions de fidélité précises : reproduction à l'identique du contenu et de la forme de la facture, format garantissant l'intégrité du document (non modifiable après numérisation), lisibilité durable, et horodatage de l'opération de numérisation.

Ces conditions résultent de l'arrêté du 22 mars 2017 relatif aux modalités de numérisation des factures papier. Une numérisation qui ne respecte pas ces exigences n'a pas la même valeur probante qu'un original conservé, et l'administration fiscale peut la refuser en cas de contrôle.

Une facture nativement électronique suit une logique différente : elle doit être conservée dans son format d'origine, et non imprimée puis détruite. L'impression fait perdre les éléments techniques qui garantissent son authenticité, comme une signature électronique ou une piste d'audit associée à l'opération.

Facture électronique : archivage et valeur probante

Une facture électronique n'est valable fiscalement que si son authenticité, son intégrité et sa lisibilité peuvent être garanties depuis son émission jusqu'à la fin de sa durée de conservation. L'article 289 du Code général des impôts admet trois méthodes pour garantir cette valeur probante : la signature électronique qualifiée, l'échange de données informatisées (EDI) structuré, ou la mise en place d'une piste d'audit fiable reliant chaque facture à l'opération commerciale sous-jacente.

La généralisation progressive de la facturation électronique entre entreprises assujetties à la TVA modifie les modalités techniques d'émission et de transmission des factures, notamment via des plateformes de dématérialisation. Elle ne modifie en revanche pas les durées légales de conservation : qu'une facture transite par une plateforme dédiée ou soit émise directement, elle reste soumise aux mêmes obligations de dix ans en comptabilité et de six ans au titre du droit de communication fiscal.

Les avoirs et factures rectificatives, qui viennent corriger ou annuler une facture initiale, suivent les mêmes règles d'archivage que les factures qu'ils modifient. Un avoir émis pour corriger une erreur de facturation doit ainsi être conservé pendant la même durée que la facture d'origine à laquelle il se rattache, afin de garder une traçabilité complète de l'opération.

Les durées propres à certaines opérations

Certaines factures doivent être conservées au-delà de la durée de droit commun de dix ans, en raison de règles fiscales spécifiques attachées à l'opération qu'elles justifient.

Les factures liées à l'acquisition d'un immeuble

La TVA déduite lors de l'acquisition d'un immeuble affecté à une activité professionnelle peut faire l'objet d'une régularisation pendant une période de vingt ans, si l'usage de l'immeuble change ou si le bien est cédé. La facture d'acquisition constitue le justificatif indispensable de cette régularisation et doit donc être conservée pendant toute cette période, indépendamment de la durée comptable habituelle.

Les factures liées à des biens amortissables

Une facture justifiant l'acquisition d'un bien inscrit à l'actif et amorti sur plusieurs exercices doit être conservée pendant toute la durée de l'amortissement, puis pendant le délai de conservation de droit commun décompté à partir de la clôture du dernier exercice concerné. Détruire cette facture avant la fin de la période d'amortissement prive l'entreprise de justificatif en cas de contrôle portant sur les dotations aux amortissements pratiquées.

Checklist : bien archiver ses factures

Voici les points essentiels à vérifier pour organiser un archivage conforme aux durées légales et opposable en cas de contrôle fiscal ou de litige commercial.

Que risque-t-on en cas de non-conservation ?

L'absence de facture lors d'un contrôle fiscal expose l'entreprise à plusieurs conséquences directes. La charge correspondante peut être rejetée si elle n'est pas justifiée, ce qui augmente le résultat imposable. Le droit à déduction de la TVA facturée peut également être remis en cause, faute de justificatif présentable.

Sur le plan fiscal, l'article 1734 du Code général des impôts prévoit une amende pouvant atteindre 10 000 € par exercice concerné en cas de manquement aux obligations de tenue ou de présentation des documents comptables, dont les factures font partie.

Sur le plan commercial, l'absence de facture fragilise également la position de l'entreprise en cas de litige avec un client ou un fournisseur. La prescription commerciale de droit commun étant de cinq ans entre professionnels, une facture manquante peut compliquer sérieusement la preuve d'une créance ou d'une livraison contestée, bien avant même l'expiration des délais fiscaux ou comptables.

FAQ : archivage des factures

Faut-il conserver les factures reçues de la même manière que les factures émises ?

Oui. Les mêmes durées de conservation s'appliquent, qu'il s'agisse de factures de vente adressées à des clients ou de factures d'achat reçues de fournisseurs. Les deux catégories constituent des pièces justificatives comptables soumises aux mêmes obligations.

Le délai de conservation court-il à partir de la date de la facture ou de la clôture de l'exercice ?

Cela dépend du fondement juridique retenu. Pour l'obligation comptable de dix ans, le délai court en pratique à compter de la clôture de l'exercice comptable concerné. Pour l'obligation fiscale de six ans, il court à compter de la date de la dernière opération mentionnée sur le document.

Un relevé bancaire peut-il remplacer une facture perdue lors d'un contrôle fiscal ?

Non. Un relevé bancaire prouve un mouvement de fonds, mais il ne constitue pas une pièce justificative comptable au sens strict. Il ne permet pas de justifier la nature exacte d'une opération ni d'exercer un droit à déduction de TVA.

Le micro-entrepreneur est-il soumis aux mêmes durées de conservation ?

Oui. Le régime micro-fiscal allège les obligations comptables courantes, mais il n'exonère pas de l'obligation de conserver les factures émises et reçues pendant les durées légales applicables, comptables et fiscales.

Sources légales et réglementaires :

  1. Code de commerce – Article L123-22
  2. Livre des procédures fiscales – Article L102 B
  3. Arrêté du 22 mars 2017 – Modalités de numérisation des factures papier
  4. Service-Public.fr – Durée de conservation des documents et pièces comptables
  5. BOFiP-Impôts – Conditions de valeur probante de la facture électronique