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CFE : exonérations permanentes et temporaires

Rédigé par Redlina Dernière mise à jour : 8 minutes de lecture

La cotisation foncière des entreprises (CFE) n'est pas due dans les mêmes conditions par toutes les entreprises. Le Code général des impôts prévoit une série d'exonérations, qui permettent à certains dirigeants de ne payer aucune CFE, ou de ne pas la payer pendant plusieurs années.

Ces exonérations ne fonctionnent pas toutes de la même façon. Certaines sont permanentes et tiennent à la nature de l'activité exercée : un exploitant agricole ou un artisan travaillant seul, par exemple, en bénéficient chaque année tant que les conditions restent réunies. D'autres sont temporaires et liées à l'implantation de l'entreprise dans une zone déterminée, ou à un dispositif économique spécifique, pour une durée limitée dans le temps.

Comprendre ces règles évite deux erreurs symétriques : payer une CFE qui n'était pas due, ou croire à une exonération qui suppose en réalité une démarche déclarative pour s'appliquer. Pour une vue d'ensemble de cette imposition, notre guide complet de la CFE présente son fonctionnement général.

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Exonération permanente, temporaire, de plein droit ou facultative : les distinctions essentielles

Le terme « exonération de CFE » recouvre en réalité plusieurs mécanismes juridiques distincts, qu'il convient de distinguer avant d'examiner les cas concrets.

Une exonération permanente s'applique chaque année, sans limite de durée, tant que les conditions légales qui la justifient restent réunies. Une exonération temporaire, à l'inverse, ne s'applique que pendant une période déterminée, le plus souvent comprise entre deux et cinq ans, à l'issue de laquelle l'entreprise redevient imposée normalement.

Une exonération de plein droit s'applique automatiquement dès que les conditions légales sont remplies, sans qu'une commune ou un établissement public de coopération intercommunale (EPCI) ait besoin de se prononcer. Une exonération facultative, en revanche, ne produit d'effet que si la collectivité concernée a pris une délibération en ce sens : à défaut de délibération, l'entreprise reste imposée normalement, même si elle remplit par ailleurs toutes les conditions du dispositif.

Ces exonérations ne doivent pas être confondues avec le dégrèvement de CFE, qui consiste à réduire une cotisation déjà établie, dans des situations différentes de celles examinées ici.

Les exonérations permanentes de plein droit

Le Code général des impôts exonère durablement de CFE certaines activités, en raison de leur nature ou de leur utilité reconnue par la loi. Ces exonérations s'appliquent tant que l'entreprise continue à remplir les conditions propres à chaque dispositif.

Activité ou situation concernée Condition principale d'exonération
Exploitants agricoles, coopératives agricoles, GAEC Exercice d'une activité agricole au sens fiscal
Artisans travaillant seuls ou avec une aide limitée Rémunération du travail prépondérante sur le profit du capital et des matières
Peintres, sculpteurs, graveurs et dessinateurs Vente exclusive du produit de leur art
Auteurs, compositeurs et certains photographes auteurs Activité de création relevant du droit d'auteur
Sages-femmes et professions médicales ou paramédicales libérales Exercice à titre libéral, seuil de recettes respecté
Établissements d'enseignement privé sous contrat Contrat conclu avec l'État
Organismes HLM et certaines mutuelles Statut et objet définis par la loi
Pêcheurs et sociétés de pêche artisanale Activité de pêche exercée à titre professionnel

Ces exonérations sont dites de plein droit : aucune délibération d'une commune ou d'un EPCI n'est nécessaire pour qu'elles s'appliquent. Une déclaration auprès du service des impôts reste toutefois indispensable pour que l'exonération soit effectivement prise en compte lors de l'établissement de la CFE.

Les exonérations temporaires liées à l'implantation ou à un dispositif spécifique

D'autres exonérations ne tiennent pas à la nature de l'activité exercée, mais à la localisation de l'établissement dans une zone du territoire bénéficiant d'un dispositif d'aide économique, ou à la nature de l'entreprise elle-même, comme une jeune entreprise innovante. Ces exonérations sont limitées dans le temps.

Plusieurs zones du territoire ouvrent droit à ce type d'exonération, sous des conditions et pour des durées propres à chaque dispositif.

Zone ou dispositif Point clé du régime
Zone d'aide à finalité régionale (AFR) Exonération pouvant atteindre 5 ans, sauf délibération contraire de la commune
Zone de revitalisation rurale (ZRR) Exonération pouvant atteindre 5 ans, sauf délibération contraire de la commune
Quartier prioritaire de la politique de la ville (QPV) Exonération temporaire, avec sortie progressive possible
Bassin d'emploi à redynamiser (BER) Exonération totale pendant la durée du dispositif
Zone de restructuration de la défense (ZRD) Exonération temporaire liée à la reconversion du territoire
Jeune entreprise innovante (JEI) Exonération facultative sur délibération des collectivités

Pour plusieurs de ces zones, l'exonération s'applique par défaut dès que l'établissement y est implanté, sauf si la commune ou l'EPCI a expressément décidé de s'y opposer par délibération. Ce mécanisme, parfois qualifié d'exonération de plein droit sauf délibération contraire, diffère des exonérations purement facultatives, comme celle prévue pour les jeunes entreprises innovantes, qui ne s'appliquent que si la collectivité a délibéré positivement en ce sens.

Ces exonérations temporaires liées à l'implantation ne doivent pas être confondues avec l'exonération applicable à la première année d'activité d'une entreprise nouvellement créée, qui obéit à une règle distincte détaillée dans notre article consacré à la CFE de première année.

Comment demander le bénéfice d'une exonération de CFE ?

Aucune exonération, permanente ou temporaire, ne s'applique automatiquement du seul fait que l'entreprise remplit les conditions légales. Le service des impôts doit en être informé au moyen d'une déclaration spécifique, faute de quoi la CFE reste établie sur la base habituelle.

Pour un établissement nouvellement créé, la demande d'exonération s'effectue lors du dépôt du formulaire 1447-C-SD, qui sert à déclarer la création ou la reprise de l'établissement. Pour un établissement déjà existant qui souhaite demander une exonération applicable à compter de l'année suivante, ou signaler un changement de situation, c'est le formulaire 1447-M-SD qui doit être utilisé.

Checklist : demander une exonération de CFE

Avant de solliciter une exonération, ces vérifications permettent de s'assurer que la demande sera recevable et correctement traitée par le service des impôts.

Lorsque l'exonération n'a pas été demandée dans les délais requis, ou lorsque le service des impôts ne l'a pas appliquée malgré une demande régulière, le dirigeant peut engager une réclamation contentieuse auprès du service des impôts des entreprises. Les motifs et délais applicables à cette démarche sont détaillés dans notre article sur la façon de contester sa CFE.

FAQ : exonérations de CFE

Une entreprise implantée dans une zone éligible est-elle automatiquement exonérée de CFE ?

Non. Pour la plupart des zones (QPV, ZRR, AFR notamment), l'exonération suppose soit l'absence de délibération contraire de la commune, soit une délibération expresse, selon le dispositif concerné. Une déclaration doit dans tous les cas être déposée auprès du service des impôts pour en bénéficier.

Une exonération permanente peut-elle être remise en cause par la suite ?

Oui, si les conditions qui la justifient ne sont plus réunies. Un artisan qui recrute plusieurs salariés au-delà du seuil autorisé peut par exemple perdre le bénéfice de l'exonération prévue à l'article 1452 du Code général des impôts, cette exonération supposant que l'artisan exerce principalement lui-même son activité.

Les exonérations de CFE s'appliquent-elles automatiquement à la CVAE ?

Non. La CFE et la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises obéissent à des règles distinctes. Une exonération de CFE n'entraîne pas automatiquement une exonération de CVAE, même si les deux impositions étaient historiquement regroupées sous le terme de contribution économique territoriale.

Une entreprise peut-elle cumuler plusieurs exonérations de CFE ?

En principe non pour un même établissement au titre d'un même motif. Certains dispositifs prévoient des règles de non-cumul explicites, tandis que d'autres permettent une articulation entre exonération de zone et exonération liée à l'activité, sous réserve du respect des conditions propres à chacune.

Sources légales et réglementaires :

  1. Code général des impôts – Articles 1449 à 1466 F (exonérations de CFE)
  2. impots.gouv.fr – Cotisation foncière des entreprises
  3. Service-Public.fr – Cotisation foncière des entreprises (CFE)
  4. BOFiP-Impôts – Impôts fonciers et impôts directs locaux