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Earn-out : fonctionnement et imposition

Rédigé par Redlina Dernière mise à jour : 8 minutes de lecture

Vendre son entreprise à un prix qui satisfait pleinement les deux parties est rare : l'acheteur redoute de payer pour une performance future incertaine, tandis que le cédant refuse de sous-évaluer le fruit de plusieurs années de travail. L'earn-out, ou clause de complément de prix, permet de concilier ces deux positions en indexant une partie du prix de cession sur les résultats réels de la société après la vente.

Ce mécanisme contractuel produit une conséquence fiscale spécifique. Contrairement au prix ferme versé le jour de la cession, le complément de prix perçu au titre d'un earn-out n'est pas imposé à la même date ni nécessairement selon les mêmes modalités que la plus-value initiale. Ignorer cette règle expose le cédant à une mauvaise anticipation de sa charge fiscale, parfois plusieurs années après la signature de l'acte.

Cet article détaille le fonctionnement d'une clause d'earn-out et les règles d'imposition applicables au complément de prix perçu par le cédant.

Accès direct :

Qu'est-ce qu'un earn-out ?

L'earn-out est une clause insérée dans un acte de cession de titres (actions ou parts sociales) qui subordonne le versement d'une partie du prix à la réalisation d'objectifs de performance fixés pour la société après la vente. Le prix total se décompose alors en deux éléments : un prix ferme versé à la date de la cession, et un complément de prix dont le montant définitif dépend d'indicateurs mesurés sur une période postérieure à la vente.

Ce mécanisme est utilisé lorsque le vendeur et l'acheteur peinent à s'accorder sur la valorisation de l'entreprise, en particulier quand la croissance future repose sur des facteurs incertains : lancement récent d'une offre, dépendance à un client clé, ou implication continue du dirigeant cédant. L'earn-out permet de repousser une partie du désaccord dans le temps, en le faisant trancher par les résultats réels plutôt que par une négociation. Les méthodes de valorisation d'une TPE aboutissent rarement à un chiffre unique incontestable, ce qui explique le recours fréquent à ce type de clause.

L'earn-out se distingue du simple paiement différé. Dans un paiement différé classique, le montant dû est fixé dès la signature de l'acte : seule la date de versement est reportée. Dans un earn-out, c'est le montant lui-même qui reste incertain jusqu'à ce que les indicateurs de performance soient connus. Cette différence a une conséquence directe sur le plan fiscal, développée plus loin dans cet article.

Comment fonctionne une clause d'earn-out ?

Les indicateurs de performance retenus

La clause d'earn-out repose sur un ou plusieurs indicateurs financiers, mesurés à partir des comptes de la société après la cession. Les indicateurs les plus fréquents sont le chiffre d'affaires, l'excédent brut d'exploitation ou l'EBITDA, et parfois le résultat net. Des indicateurs opérationnels (nombre de nouveaux clients, taux de rétention) peuvent compléter ces critères financiers, à condition de rester objectivement mesurables.

Le choix de l'indicateur n'est jamais neutre. Un indicateur fondé sur le chiffre d'affaires protège davantage le cédant, car il n'est pas affecté par les décisions de gestion prises après la vente. Un indicateur fondé sur le résultat net expose au contraire le complément de prix aux choix comptables et aux investissements décidés par le nouvel acquéreur.

La durée de la période d'earn-out

La période d'observation s'étend généralement d'un à trois ans après la cession. Une durée plus courte réduit l'incertitude pour le cédant, mais laisse moins de temps à la performance projetée pour se matérialiser. Une durée plus longue accroît le risque que des décisions prises par l'acquéreur, sans lien avec la qualité de l'entreprise cédée, influencent le résultat final.

Le calcul et le versement du complément de prix

Le mode de calcul peut être linéaire, le complément de prix évoluant proportionnellement à l'écart entre l'objectif et le résultat constaté, ou fondé sur des seuils, un montant fixe étant dû si un palier est atteint. La clause prévoit presque toujours un plafond, parfois un plancher, ainsi qu'un calendrier de versement, annuel ou en une seule fois à l'issue de la période.

Le principe d'un earn-out est généralement évoqué dès les premières discussions entre les parties, puis précisé dans l'acte de cession définitif, qui fixe les indicateurs, la durée, la formule de calcul et les modalités de versement du complément de prix.

Earn-out et clause de révision de prix : ne pas confondre

L'earn-out est parfois confondu avec la clause de révision de prix, qui ajuste le prix initial en fonction des comptes arrêtés à la date de cession, ou dans les semaines qui suivent. Ces deux mécanismes poursuivent des objectifs différents et obéissent à des règles fiscales distinctes.

Earn-out (complément de prix différé) Clause de révision de prix (ajustement de clôture)
Rémunère la performance future de la société, mesurée après la cession Ajuste le prix initial selon les comptes réels arrêtés à la date de cession
Montant déterminé sur une période d'un à trois ans après la vente Montant déterminé dans les semaines suivant la cession
Imposé au titre de l'année de perception du complément (article 150-0 A, II-2° du CGI) Intégré au prix de cession initial, imposé au titre de l'année de la cession

L'earn-out ne doit pas non plus être confondu avec la garantie d'actif et de passif, qui protège l'acquéreur contre des passifs ou des inexactitudes révélés après la cession, en réduisant le prix payé. L'earn-out poursuit une logique inverse : il peut augmenter le prix effectivement perçu par le cédant, en fonction de la performance future de la société.

Comment l'earn-out est-il imposé ?

Le principe : une imposition différée au titre de l'année de perception

L'article 150-0 A, II, 2° du Code général des impôts prévoit une règle spécifique pour le complément de prix reçu en exécution d'une clause subordonnant une partie du prix à un indice ou à des critères relatifs à l'activité de la société cédée : ce complément est imposable au titre de l'année au cours de laquelle il est effectivement perçu, quelle que soit la date de la cession elle-même.

Cette règle s'explique par l'incertitude qui pèse sur le montant du complément au moment de la vente. Puisqu'il est impossible de connaître la plus-value exacte tant que les indicateurs de performance ne sont pas mesurés, l'administration fiscale reporte l'imposition à la date où la somme devient certaine et exigible, c'est-à-dire sa date de versement effectif.

Le régime d'imposition applicable

Le complément de prix suit le même régime d'imposition que la plus-value de cession à laquelle il se rapporte. Concrètement, il relève des règles applicables aux plus-values de cession de titres : imposition au prélèvement forfaitaire unique de 30 % (12,8 % au titre de l'impôt sur le revenu et 17,2 % au titre des prélèvements sociaux), ou, sur option globale et annuelle, imposition au barème progressif de l'impôt sur le revenu avec application, le cas échéant, de l'abattement pour durée de détention.

Ce dernier point mérite une attention particulière. L'abattement pour durée de détention se calcule à partir de la durée de détention des titres entre leur acquisition et la date de la cession, et non entre l'acquisition et la date de versement du complément de prix. La durée retenue reste donc figée à la date de la vente initiale, même si l'earn-out est perçu plusieurs années plus tard.

Le même principe s'applique à l'abattement fixe accordé au dirigeant qui cède son entreprise en vue de sa retraite, si les conditions de cette exonération étaient réunies au moment de la cession initiale. Ce régime, détaillé dans notre article consacré à l'exonération de plus-value pour départ en retraite, impose notamment un délai précis entre la cession et la cessation de fonction du dirigeant, et s'applique également au complément de prix perçu ultérieurement.

Les prélèvements sociaux applicables

Le complément de prix supporte les prélèvements sociaux sur les revenus du patrimoine, actuellement fixés à 17,2 %. Ces prélèvements sont calculés au taux en vigueur l'année de la perception du complément, qui peut différer du taux applicable au moment de la cession initiale si la législation a évolué dans l'intervalle.

Le cas du cédant soumis à l'impôt sur les sociétés

Lorsque le cédant est une société soumise à l'impôt sur les sociétés, et non une personne physique, le régime décrit ci-dessus ne s'applique pas. L'earn-out est alors traité comme un produit de cession d'éléments d'actif, imposable selon les règles habituelles de comptabilisation des créances, qui peuvent conduire à une imposition sur la base d'une créance certaine dans son principe, avant même l'encaissement effectif du complément.

Point de vigilance

Des indicateurs de performance mal définis constituent la première source de litiges liés à un earn-out. Un objectif formulé de manière subjective, ou calculé à partir de méthodes comptables laissées à la seule appréciation de l'acquéreur, expose le cédant à un désaccord difficile à trancher une fois la vente réalisée.

Les indicateurs retenus doivent être issus de comptes établis selon des règles comptables précisées dans l'acte, idéalement audités, et accompagnés d'un droit de regard du cédant sur leur détermination. Ce droit d'information constitue la meilleure protection contractuelle contre une dérive de gestion qui rendrait les objectifs artificiellement inatteignables.

Checklist : sécuriser une clause d'earn-out

Une clause d'earn-out mal rédigée génère plus de litiges qu'elle n'en résout. Voici les points à vérifier avant de signer un acte de cession comportant un complément de prix.

Les erreurs fréquentes à éviter

Plusieurs difficultés reviennent régulièrement dans les cessions comportant une clause d'earn-out, aussi bien sur le plan contractuel que fiscal.

FAQ : earn-out et complément de prix

Un earn-out est-il obligatoire dans une cession d'entreprise ?

Non. L'earn-out est une clause facultative, négociée entre les parties lorsqu'un désaccord persiste sur la valorisation de l'entreprise. De nombreuses cessions se réalisent avec un prix ferme unique, sans complément de prix.

Que se passe-t-il si les objectifs de l'earn-out ne sont pas atteints ?

Le cédant ne perçoit rien, ou seulement une fraction du complément prévu, selon la formule de calcul fixée dans l'acte de cession. Aucune indemnité automatique n'est due, sauf si le cédant démontre que l'acquéreur a délibérément agi pour empêcher l'atteinte des objectifs.

Faut-il déclarer l'earn-out dans sa déclaration de revenus l'année de la cession ?

Non. Le complément de prix n'est déclaré et imposé qu'au titre de l'année au cours de laquelle il est effectivement perçu, conformément à l'article 150-0 A, II, 2° du Code général des impôts, même si la cession elle-même a eu lieu plusieurs années auparavant.

Le taux d'imposition applicable à l'earn-out peut-il différer de celui du prix ferme ?

Oui. Le complément de prix étant imposé l'année de sa perception, il est soumis aux taux et à l'option, prélèvement forfaitaire unique ou barème progressif, en vigueur cette année-là, qui peuvent différer de ceux applicables lors de la cession initiale.

Sources légales et réglementaires :

  1. Code général des impôts – Article 150-0 A (complément de prix)
  2. BOFiP – BOI-RPPM-PVBMI-30-10-30 (imposition du complément de prix)
  3. Code général des impôts – Article 200 A (prélèvement forfaitaire unique)
  4. Code général des impôts – Article 150-0 D ter (abattement pour départ à la retraite)