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Dissolution d'une SCI : procédure complète

Rédigé par Redlina Dernière mise à jour : 11 minutes de lecture

Mettre fin à une SCI ne se limite pas à décider d'arrêter. La dissolution d'une société civile immobilière obéit à une procédure précise, fixée par le Code civil, qui distingue clairement la décision de dissoudre de l'opération de liquidation qui la suit. Cette distinction, souvent source de confusion, conditionne pourtant l'ensemble des formalités à accomplir.

La dissolution n'entraîne pas la disparition immédiate de la société : celle-ci continue d'exister, sous une forme réduite, pour les besoins de sa liquidation. Ce mécanisme, commun à toutes les sociétés, est détaillé dans notre guide complet sur la dissolution et la liquidation d'une société. Il présente néanmoins, pour une SCI, des particularités liées à son statut de société civile régie par le Code civil plutôt que par le Code de commerce.

Cet article détaille chaque étape de la dissolution d'une SCI : les causes qui peuvent la déclencher, la décision des associés, la nomination du liquidateur, les formalités à accomplir, le déroulement de la liquidation, ainsi que les conséquences fiscales à anticiper.

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Qu'est-ce que la dissolution d'une SCI ?

La société civile immobilière (SCI) est une société de droit civil créée pour détenir et gérer un patrimoine immobilier, le plus souvent au profit de plusieurs associés réunis dans un cadre familial ou professionnel. Contrairement à une SARL ou une SAS, elle relève du Code civil (articles 1832 et suivants) et non du Code de commerce.

La dissolution est l'acte juridique qui met fin à la société pour l'avenir. Elle ne provoque pas la disparition immédiate de la personnalité morale : celle-ci subsiste pour les besoins de la liquidation, jusqu'à la clôture de cette dernière et la publication qui en résulte, conformément à l'article 1844-8 du Code civil.

Trois opérations distinctes se succèdent donc : la dissolution, qui ouvre la période de liquidation ; la liquidation elle-même, pendant laquelle le liquidateur réalise l'actif et règle le passif ; et la radiation du registre du commerce et des sociétés (RCS), qui met un terme définitif à l'existence de la société.

Quelles sont les causes de dissolution d'une SCI ?

L'article 1844-7 du Code civil énumère les causes de dissolution communes aux sociétés civiles et commerciales. Plusieurs d'entre elles concernent particulièrement les SCI.

Dans la pratique, deux situations dominent parmi les SCI familiales : la vente du bien immobilier qui constituait l'unique objet de la société, et la mésentente entre associés qui rend impossible la poursuite de l'activité.

Point de vigilance : la réunion des parts en une seule main

Lorsque toutes les parts d'une SCI se retrouvent entre les mains d'un seul associé, par exemple après le décès des autres associés, la société n'est pas automatiquement dissoute. L'article 1844-5 du Code civil écarte même toute obligation de régularisation lorsque l'associé unique est une personne physique.

La règle est différente lorsque l'associé unique est une personne morale : tout intéressé peut alors demander la dissolution judiciaire si la situation n'est pas régularisée dans le délai d'un an.

Comment décider de la dissolution d'une SCI ?

La majorité requise

Sauf clause contraire des statuts, les décisions qui dépassent les pouvoirs du gérant sont prises à l'unanimité des associés, conformément à l'article 1852 du Code civil. La dissolution anticipée d'une SCI relève de cette règle : en l'absence de clause statutaire prévoyant une majorité différente, tous les associés doivent donner leur accord.

Les statuts peuvent toutefois prévoir une majorité qualifiée, par exemple les deux tiers ou les trois quarts des parts sociales. Il convient de vérifier précisément la clause statutaire applicable avant d'engager la procédure, car une décision prise à une majorité insuffisante est susceptible d'être annulée.

La convocation et le procès-verbal

La décision de dissolution est prise en assemblée générale extraordinaire, convoquée selon les modalités prévues par les statuts (délai de convocation, forme de l'avis, ordre du jour). Elle donne lieu à un procès-verbal signé par les associés, qui constate la dissolution et, le plus souvent, désigne dans le même temps le liquidateur.

Lorsque les associés ne parviennent pas à un accord, notamment en cas de mésentente durable, la dissolution peut être demandée au tribunal judiciaire pour justes motifs. Cette voie contentieuse reste une solution de dernier recours, plus longue et plus coûteuse qu'une dissolution amiable.

Le liquidateur : nomination, rôle et pouvoirs

La dissolution prive le gérant de ses pouvoirs de gestion habituels. Un liquidateur doit être désigné pour le remplacer : il peut s'agir du gérant lui-même, d'un associé, ou d'un tiers extérieur à la société. Les statuts précisent parfois les modalités de cette nomination ; à défaut, elle relève de la décision des associés prise dans les mêmes conditions de majorité que la dissolution elle-même.

Le liquidateur a pour mission de réaliser l'actif de la société (vendre ou attribuer les biens immobiliers), de régler le passif (emprunts, dettes fournisseurs, charges fiscales), et de répartir le solde entre les associés. Ses pouvoirs restent limités aux opérations nécessaires à la liquidation : il ne peut engager la société dans de nouvelles opérations, sous peine d'engager sa responsabilité personnelle.

Sa mission prend fin à la clôture de la liquidation, lorsque les comptes définitifs sont approuvés par les associés.

Quelles formalités accomplir après la décision de dissolution ?

Une fois la dissolution décidée, plusieurs formalités doivent être accomplies dans des délais précis pour que la décision soit opposable aux tiers et régulièrement enregistrée.

Le procès-verbal de dissolution doit être enregistré auprès du service des impôts dans le délai d'un mois suivant la décision, en application de l'article 635 du Code général des impôts. Un avis de dissolution doit également être publié dans un support d'annonces légales habilité, dans le même délai. Le dossier complet est ensuite déposé sur le Guichet unique des formalités d'entreprises, géré par l'INPI, qui transmet les informations au greffe du tribunal de commerce compétent pour la mise à jour du RCS.

Checklist : formalités de dissolution d'une SCI

Voici les principales démarches à accomplir dans le mois qui suit la décision de dissolution, pour que celle-ci soit valablement enregistrée et opposable aux tiers.

Comment se déroule la liquidation de la SCI ?

La liquidation commence dès la publication de la dissolution et se poursuit jusqu'à l'approbation des comptes définitifs. Le liquidateur dresse d'abord un inventaire de l'actif et du passif de la société : biens immobiliers, comptes bancaires, emprunts en cours, dettes fournisseurs et charges fiscales.

Le déroulement précis de cette phase, ses étapes et les délais habituellement constatés en pratique sont détaillés dans notre article consacré à la liquidation amiable. Pour une SCI, l'essentiel de la liquidation consiste généralement à céder le ou les biens immobiliers détenus, ou à les attribuer directement aux associés en nature, plutôt qu'à les vendre à un tiers.

Aucune durée maximale n'est imposée par la loi pour la liquidation d'une SCI, contrairement à certaines règles applicables aux sociétés commerciales. Les statuts peuvent néanmoins fixer un délai. En pratique, il est recommandé de clôturer la liquidation rapidement : tant qu'elle n'est pas close, la société reste soumise à des obligations comptables et déclaratives, ce qui génère des coûts de gestion sans utilité réelle.

Une fois l'actif réalisé et le passif réglé, le liquidateur établit les comptes de liquidation, qui font apparaître soit un boni de liquidation (excédent d'actif après remboursement des apports), soit un mali de liquidation (insuffisance d'actif).

Clôture de la liquidation et radiation du RCS

La liquidation se termine par une assemblée de clôture, au cours de laquelle les associés approuvent les comptes définitifs présentés par le liquidateur, constatent le boni ou le mali de liquidation, et lui donnent quitus de sa gestion.

Le procès-verbal de clôture doit être enregistré auprès du service des impôts, puis un avis de clôture de liquidation est publié dans un support d'annonces légales. Le dossier complet, comprenant les comptes de liquidation et le justificatif de publication, est ensuite déposé sur le Guichet unique pour obtenir la radiation du RCS.

La personnalité morale de la SCI disparaît définitivement à la date de cette radiation, conformément à l'article 1844-8 du Code civil. Aucun acte ne peut plus être accompli au nom de la société à compter de cette date.

Quelles sont les conséquences fiscales de la dissolution d'une SCI ?

Le régime fiscal applicable diffère selon que la SCI relève de l'impôt sur le revenu (SCI dite transparente, cas le plus fréquent) ou qu'elle a opté pour l'impôt sur les sociétés.

SCI relevant de l'impôt sur le revenu

Pour une SCI à l'impôt sur le revenu, la dissolution n'entraîne pas d'imposition immédiate au niveau de la société. En revanche, si le bien immobilier est vendu pendant la liquidation, la plus-value réalisée est imposée entre les mains de chaque associé selon le régime des plus-values immobilières des particuliers, en fonction de sa quote-part de droits dans la société et de la durée de détention des parts.

Lorsque le bien est attribué en nature aux associés à l'issue de la liquidation, sans vente préalable, l'opération peut être neutre fiscalement si chaque associé reçoit une part correspondant exactement à ses droits dans la société. Une attribution qui s'écarte de cette proportion, avec versement d'une soulte, peut en revanche déclencher une imposition.

SCI ayant opté pour l'impôt sur les sociétés

Pour une SCI soumise à l'impôt sur les sociétés, la dissolution entraîne l'imposition immédiate des bénéfices non encore taxés, selon les règles applicables à la cessation d'activité. Le boni de liquidation distribué aux associés à l'issue des opérations est ensuite imposé comme un revenu de capitaux mobiliers, généralement soumis au prélèvement forfaitaire unique.

Droits d'enregistrement

L'acte de dissolution qui ne comporte aucune transmission de biens donne lieu à un droit fixe d'enregistrement de 375 €, porté à 500 € lorsque le capital social de la SCI est égal ou supérieur à 225 000 €, en application de l'article 811-1 du Code général des impôts.

Lorsque la liquidation se traduit par un partage de biens immobiliers entre les associés, ce partage est en principe soumis au droit de partage, fixé à 2,5 % de l'actif net partagé, en application de l'article 746 du Code général des impôts.

Combien coûte la dissolution d'une SCI ?

Le coût total dépend du nombre de formalités à accomplir et de la situation patrimoniale de la SCI. Les postes de dépense suivants doivent être anticipés, sachant que les montants fixés par arrêté ministériel peuvent évoluer.

Poste de frais Montant indicatif
Publication de l'avis de dissolution Environ 150 €
Dépôt du dossier de dissolution (Guichet unique) Frais fixés par arrêté, à vérifier lors du dépôt
Publication de l'avis de clôture de liquidation Environ 110 €
Dépôt du dossier de clôture et radiation du RCS Frais fixés par arrêté, à vérifier lors du dépôt
Droit fixe d'enregistrement de l'acte de dissolution 375 € ou 500 € selon le capital social
Droit de partage (si attribution de biens en nature) 2,5 % de l'actif net partagé

À ces frais s'ajoutent, le cas échéant, les honoraires d'un notaire lorsque le partage porte sur un bien immobilier, ainsi que les frais d'un expert-comptable pour l'établissement des comptes de liquidation.

FAQ : dissolution d'une SCI

Une SCI sans activité peut-elle rester en sommeil au lieu d'être dissoute ?

Le Code civil ne prévoit pas de statut de mise en sommeil propre aux sociétés civiles. Une SCI peut rester inactive sans être dissoute automatiquement, mais si cette inactivité résulte de l'extinction totale de son objet social, la dissolution peut être constatée judiciairement à la demande d'un intéressé.

La dissolution d'une SCI est-elle possible si un emprunt immobilier est encore en cours ?

Oui, la dissolution reste possible, mais le liquidateur doit régler ou faire reprendre l'emprunt avant la clôture de la liquidation. En pratique, la banque doit être informée et son accord est souvent nécessaire pour lever la garantie hypothécaire attachée au bien.

Le décès de l'un des associés entraîne-t-il la dissolution de la SCI ?

Non, sauf clause contraire des statuts. Les parts du défunt sont en principe transmises à ses héritiers, qui deviennent associés, sauf clause d'agrément ou de continuation prévue par les statuts.

Peut-on annuler une décision de dissolution après son enregistrement ?

Oui, les associés peuvent revenir sur leur décision en votant la continuation de la société, dans les mêmes conditions de majorité que la dissolution, tant que la liquidation n'est pas close et que le partage de l'actif n'a pas été réalisé.

Sources légales et réglementaires :

  1. Code civil – Dissolution des sociétés (articles 1844-5 à 1844-8)
  2. Code civil – Article 1852 (règles de majorité applicables aux décisions collectives)
  3. Code général des impôts – Enregistrement des actes de sociétés et droit de partage (articles 635 et 746)
  4. Guichet unique des formalités d'entreprises – INPI
  5. Entreprendre.Service-Public.fr – Dissolution d'une société