Article

Aides à la création d'entreprise : guide complet

Rédigé par Redlina Dernière mise à jour : 8 minutes de lecture

Créer une entreprise nécessite souvent un apport financier que l'entrepreneur ne possède pas intégralement. De nombreux dispositifs existent pour accompagner cette étape : exonération de cotisations sociales, capital versé par France Travail, prêt sans garantie, financement bancaire soutenu par l'État, ou encore avantage fiscal pour les projets innovants.

Ces aides obéissent chacune à des conditions d'éligibilité, des modalités de versement et des règles de cumul différentes. Bien les identifier permet d'optimiser le financement d'un projet dès son lancement, sans se tromper sur les démarches à accomplir ni sur les dispositifs réellement accessibles.

Cet article présente les principaux dispositifs accessibles aux créateurs et repreneurs d'entreprise en France, qu'ils proviennent de la sécurité sociale, de France Travail, des banques, des collectivités territoriales ou d'investisseurs privés.

Accès direct :

Qu'est-ce qu'une aide à la création d'entreprise ?

Une aide à la création d'entreprise désigne tout dispositif public ou privé destiné à faciliter le lancement d'une activité : soutien financier direct, exonération de charges, prêt à taux préférentiel, garantie bancaire ou avantage fiscal. Ces aides ne se substituent jamais aux fonds propres de l'entrepreneur : elles les complètent.

Elles se répartissent en plusieurs catégories selon leur nature : les aides sociales liées au statut de demandeur d'emploi, les prêts et garanties destinés à renforcer la capacité de financement, les avantages fiscaux réservés aux projets innovants, les subventions versées par les collectivités territoriales, et les financements apportés par des investisseurs privés.

Le choix des aides pertinentes dépend de la situation du créateur (demandeur d'emploi ou non), de la nature du projet (innovant ou non), de sa localisation géographique, et du montant de financement recherché.

Les aides liées au statut de demandeur d'emploi

Trois dispositifs distincts s'adressent spécifiquement au créateur d'entreprise qui est ou a été demandeur d'emploi. Ils ne se cumulent pas tous entre eux et répondent à des logiques différentes.

L'ACRE : exonération de cotisations sociales

L'aide à la création ou à la reprise d'entreprise (ACRE) est une exonération partielle de cotisations sociales pendant les douze premiers mois d'activité. Elle s'adresse à tout créateur ou repreneur d'entreprise, qu'il soit demandeur d'emploi ou non, sous réserve de ne pas avoir déjà bénéficié de cette aide au cours des trois années précédentes.

L'exonération est totale lorsque les revenus professionnels restent inférieurs à 75 % du plafond annuel de la sécurité sociale (PASS). Au-delà de ce seuil, elle devient dégressive jusqu'à disparaître au niveau du PASS. Les conditions précises d'éligibilité et le mode de calcul de l'exonération sont détaillés dans notre article consacré à l'ACRE.

L'ARCE : capital versé par France Travail

L'aide à la reprise ou à la création d'entreprise (ARCE) permet à un demandeur d'emploi bénéficiaire de l'allocation d'aide au retour à l'emploi (ARE) de percevoir une partie de ses droits restants sous forme de capital, plutôt que sous forme d'allocations mensuelles.

Le montant versé correspond à 45 % du reliquat de droits à l'ARE calculé à la date de création ou de reprise de l'entreprise. Il est versé en deux fois : 50 % au démarrage de l'activité, 50 % six mois plus tard, sous réserve que l'activité soit toujours en cours. Le fonctionnement complet du dispositif, ses conditions d'attribution et son mode de calcul sont détaillés dans notre article consacré à l'ARCE.

Le maintien partiel des allocations chômage

Le créateur d'entreprise demandeur d'emploi n'est pas obligé d'opter pour l'ARCE. Il peut choisir de conserver le versement mensuel de son allocation ARE, cumulée partiellement avec les revenus tirés de sa nouvelle activité. Ce choix est exclusif : une fois l'ARCE perçue, il n'est plus possible de revenir au maintien de l'ARE pour les droits concernés.

Le maintien de l'ARE peut s'avérer plus avantageux lorsque les revenus de la nouvelle activité démarrent lentement, car il garantit un revenu régulier pendant toute la durée des droits restants, contrairement au capital ARCE versé en une fois.

Dispositif Fonctionnement
ACRE Exonération partielle de cotisations sociales pendant 12 mois
ARCE Versement de 45 % du reliquat des droits ARE sous forme de capital, en deux fois
Maintien de l'ARE Versement mensuel de l'allocation chômage, cumulable partiellement avec les revenus de l'activité

Les prêts et garanties pour financer son projet

Le prêt d'honneur

Le prêt d'honneur est un prêt personnel accordé au créateur, sans garantie ni caution, à taux zéro. Il est proposé par des réseaux associatifs comme Initiative France ou Réseau Entreprendre, souvent adossé à un accompagnement du porteur de projet.

Son montant varie selon le réseau sollicité, la nature du projet et le territoire d'implantation. Ce prêt renforce les fonds propres du créateur, ce qui facilite ensuite l'obtention d'un financement bancaire complémentaire, les banques accordant généralement un prêt professionnel proportionnel aux apports personnels. Les montants pratiqués et les organismes prêteurs sont détaillés dans notre article sur le prêt d'honneur.

Les financements et garanties BPI France

BPI France, banque publique d'investissement, propose plusieurs dispositifs accessibles aux TPE et PME en création : prêts sans garantie sur les actifs de l'entreprise, avances remboursables pour les projets innovants, et garanties destinées à faciliter l'obtention d'un prêt bancaire classique.

La garantie BPI France ne constitue pas un prêt direct : elle couvre une partie du risque pris par la banque prêteuse, ce qui augmente les chances d'obtenir un financement, notamment lorsque le créateur ne dispose pas de garanties personnelles suffisantes. Les conditions d'accès à ces différents dispositifs sont présentées dans notre article sur les financements BPI France.

Les aides fiscales pour les entreprises innovantes

Les entreprises dont l'activité repose sur la recherche et développement (R&D) peuvent accéder à deux dispositifs fiscaux spécifiques, indépendants des aides précédentes.

Le crédit d'impôt recherche (CIR) permet de déduire une partie des dépenses de R&D engagées, sous forme de crédit d'impôt imputable sur l'impôt sur les sociétés, ou remboursable dans certains cas. Le statut de jeune entreprise innovante (JEI), quant à lui, ouvre droit à des exonérations sociales et fiscales pour les entreprises de moins de huit ans qui consacrent une part significative de leurs charges à la R&D.

Ces deux dispositifs répondent à des conditions d'éligibilité précises, notamment sur la nature des dépenses de recherche et la taille de l'entreprise, qui déterminent l'ampleur de l'avantage obtenu.

Les aides régionales et territoriales

En complément des dispositifs nationaux, les régions, départements et communes proposent des aides propres à leur territoire : subventions directes, avances remboursables, exonérations de contribution économique territoriale ou accompagnement renforcé pour certains secteurs jugés prioritaires.

Certaines zones bénéficient par ailleurs d'exonérations fiscales spécifiques liées à leur localisation : zones de revitalisation rurale (ZRR), zones franches urbaines - territoires entrepreneurs (ZFU-TE), ou quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV). Ces exonérations concernent principalement l'impôt sur les bénéfices et la contribution économique territoriale, pour une durée limitée et sous conditions d'implantation et d'effectif.

Ces aides territoriales n'apparaissent dans aucun registre national centralisé : elles doivent être recherchées auprès de la chambre de commerce et d'industrie, de la chambre de métiers et de l'artisanat, ou directement auprès de la collectivité concernée.

Le financement par des investisseurs privés

Au-delà des aides publiques, un créateur peut solliciter des financements privés pour compléter son plan de financement initial.

Le financement participatif (crowdfunding) permet de collecter des fonds auprès d'un grand nombre de particuliers, sous forme de don, de prêt (crowdlending) ou de prise de participation au capital (equity crowdfunding), cette dernière forme étant strictement encadrée par l'Autorité des marchés financiers.

Un business angel est un investisseur privé qui apporte des fonds propres à une entreprise en contrepartie d'une participation au capital, généralement accompagnée d'un soutien stratégique. Ce type d'investissement s'inscrit dans un cadre juridique et fiscal spécifique, notamment via le dispositif de réduction d'impôt pour souscription au capital de PME.

Les aides destinées à certains publics

Certains dispositifs s'adressent exclusivement à des publics spécifiques, en complément des aides générales présentées précédemment.

L'AGEFIPH (Association de gestion du fonds pour l'insertion professionnelle des personnes handicapées) propose une aide financière aux créateurs d'entreprise reconnus travailleurs handicapés, destinée à financer les besoins liés au projet, sous condition de ressources.

Le Fonds de garantie à l'initiative des femmes (FGIF), géré par France Active, garantit une partie d'un prêt bancaire contracté par une femme créatrice ou repreneuse d'entreprise, ce qui facilite l'accès au financement lorsque les garanties personnelles sont insuffisantes.

Point de vigilance : les règles de cumul entre aides

L'ARCE n'est accessible qu'aux créateurs remplissant les conditions d'éligibilité à l'ACRE : les deux dispositifs sont donc liés, mais leur nature diffère complètement. L'ACRE réduit les charges sociales, tandis que l'ARCE verse un capital calculé sur les droits chômage.

Le choix entre l'ARCE et le maintien intégral de l'ARE est définitif : une fois le capital ARCE perçu, il n'est plus possible de revenir sur cette option pour les droits concernés. Cette décision doit être mûrement réfléchie avant le dépôt de la demande auprès de France Travail.

Checklist : identifier les aides adaptées à son projet

Voici les six vérifications essentielles pour recenser efficacement les dispositifs accessibles à votre projet avant de déposer vos demandes.

FAQ : aides à la création d'entreprise

Faut-il être demandeur d'emploi pour bénéficier des aides à la création d'entreprise ?

Non, la plupart des aides ne sont pas réservées aux demandeurs d'emploi. L'ACRE, le prêt d'honneur, les financements BPI France ou le crédit d'impôt recherche sont accessibles à tout créateur. Seules l'ARCE et le maintien de l'ARE supposent d'être inscrit à France Travail et de percevoir l'allocation chômage.

Les aides à la création d'entreprise sont-elles imposables ?

Cela dépend de la nature de l'aide. L'ARCE et les subventions directes constituent en principe un produit imposable au titre du résultat de l'entreprise, sauf régime spécifique. L'ACRE n'est pas un revenu mais une exonération de charges : elle ne génère aucune imposition.

Peut-on cumuler plusieurs aides à la création d'entreprise ?

Oui, dans la majorité des cas. L'ACRE peut se cumuler avec un prêt d'honneur, une garantie BPI France ou une subvention régionale. Certaines combinaisons restent toutefois exclusives, comme le choix entre l'ARCE et le maintien intégral de l'ARE.

Où trouver la liste complète des aides disponibles pour un projet donné ?

Le moteur de recherche des aides de BPI France recense les dispositifs nationaux, régionaux et sectoriels accessibles selon la localisation et la nature du projet. Les chambres de commerce et d'industrie et les chambres de métiers et de l'artisanat orientent également vers les dispositifs pertinents.

Sources légales et réglementaires :

  1. Service-Public.fr – L'aide à la création ou reprise d'entreprise (ACRE)
  2. Urssaf.fr – Bénéficier de l'ACRE
  3. France Travail – L'aide à la reprise ou à la création d'entreprise (ARCE)
  4. Bpifrance Création – Les aides à la création et à la reprise d'entreprise
  5. Legifrance – Code général des impôts, dispositions relatives au crédit d'impôt recherche