Article

Protection sociale complémentaire du dirigeant : options

Rédigé par Redlina Dernière mise à jour : 7 minutes de lecture

Le statut choisi par le dirigeant au moment de la création de la société détermine son régime social obligatoire. Ce régime protège contre la maladie, l'invalidité, le décès et permet de constituer des droits à la retraite, mais il ne couvre jamais l'ensemble des risques auxquels le dirigeant est exposé.

Indemnités journalières plafonnées, absence de couverture chômage, retraite de base souvent modeste : ces lacunes existent quel que soit le statut retenu, avec des variations importantes selon que le dirigeant relève du régime général ou de la sécurité sociale des indépendants.

La suite de cet article détaille la couverture obligatoire propre à chaque statut, ses limites concrètes, et les dispositifs qui permettent de la compléter, notamment dans le cadre fiscal prévu par la loi Madelin et le plan d'épargne retraite.

Accès direct :

Qu'est-ce que la protection sociale complémentaire du dirigeant ?

La protection sociale complémentaire regroupe l'ensemble des garanties facultatives souscrites par le dirigeant en plus de son régime obligatoire. Elle vise à couvrir les risques pour lesquels la couverture légale s'avère insuffisante : arrêt de travail prolongé, invalidité, décès prématuré ou complément de retraite.

Cette protection complémentaire ne se substitue jamais au régime obligatoire. Elle intervient en complément, selon des règles fiscales et sociales distinctes suivant que le dirigeant est affilié au régime général ou à la sécurité sociale des indépendants.

Elle ne doit pas être confondue avec les assurances professionnelles obligatoires, qui protègent l'activité de l'entreprise et les tiers. La protection sociale complémentaire concerne exclusivement la personne du dirigeant et sa famille.

Le statut du dirigeant détermine sa couverture obligatoire

Deux grandes catégories de dirigeants coexistent en droit des sociétés, avec des conséquences directes sur la protection sociale de base. La première regroupe les dirigeants assimilés salariés : président de SAS ou de SASU, gérant minoritaire ou égalitaire de SARL, président-directeur général de SA. En application de l'article L311-3 du Code de la sécurité sociale, ils sont affiliés au régime général, comme des salariés, sans toutefois bénéficier de l'assurance chômage.

La seconde catégorie regroupe les travailleurs non salariés (TNS) : gérant majoritaire de SARL, entrepreneur individuel, associé unique d'EURL. Depuis le 1er janvier 2020, ils relèvent de la sécurité sociale des indépendants, intégrée au régime général. Leurs cotisations et leurs prestations sont calculées sur la base de leur revenu professionnel, selon des règles propres à ce régime.

Cette distinction conditionne l'ensemble des choix de protection complémentaire disponibles, notamment le cadre fiscal applicable aux cotisations versées.

Dirigeant assimilé salarié Dirigeant travailleur non salarié (TNS)
Président de SAS/SASU, PDG de SA, gérant minoritaire ou égalitaire de SARL Gérant majoritaire de SARL, entrepreneur individuel, associé unique d'EURL
Affiliation au régime général de la sécurité sociale Affiliation à la sécurité sociale des indépendants, intégrée au régime général
Retraite complémentaire : Agirc-Arrco Retraite complémentaire : régime complémentaire des indépendants (RCI)
Aucune couverture chômage par France Travail Aucune couverture chômage par France Travail

Les lacunes concrètes du régime obligatoire

Le régime obligatoire, quel qu'il soit, couvre les risques essentiels mais laisse subsister des zones de fragilité importantes pour le dirigeant, notamment lorsque ses revenus dépassent les plafonds retenus pour le calcul des prestations.

Ces lacunes concernent la personne du dirigeant, indépendamment des garanties liées à son activité professionnelle, comme la responsabilité civile professionnelle, qui couvre les dommages causés à des tiers dans le cadre de l'exercice de l'activité.

La complémentaire santé du dirigeant

Depuis la généralisation issue de l'accord national interprofessionnel de 2013, les entreprises doivent proposer une complémentaire santé collective à leurs salariés. Cette obligation ne s'étend pas automatiquement au mandataire social.

Un dirigeant assimilé salarié peut être rattaché au contrat collectif de son entreprise, à condition de relever d'une catégorie de bénéficiaires définie par l'acte fondateur du contrat (accord collectif, décision unilatérale de l'employeur ou référendum). À défaut, il doit souscrire une complémentaire santé individuelle.

Point de vigilance

Le rattachement du dirigeant assimilé salarié au contrat collectif de complémentaire santé de son entreprise n'est jamais automatique. Tout dépend du champ d'application défini par l'acte fondateur du contrat, qui détermine les catégories de bénéficiaires couvertes.

Si le mandataire social ne figure pas dans ce champ d'application, il doit souscrire une couverture individuelle pour bénéficier d'une complémentaire santé, sans pouvoir se rattacher au contrat de groupe de l'entreprise.

Le dirigeant travailleur non salarié n'est soumis à aucune obligation de complémentaire santé. Il peut souscrire un contrat individuel classique ou un contrat répondant au cadre fiscal de la loi Madelin, qui permet de déduire les cotisations versées de son revenu professionnel imposable, dans la limite prévue par l'article 154 bis du Code général des impôts.

La prévoyance complémentaire : incapacité, invalidité, décès

La prévoyance complémentaire couvre les conséquences financières d'un arrêt de travail prolongé, d'une invalidité ou d'un décès. Elle prend la forme d'une rente ou d'un capital versé au dirigeant ou à ses proches, en complément des prestations du régime obligatoire.

Pour le travailleur non salarié, un contrat Madelin de prévoyance permet de déduire les cotisations versées de son revenu professionnel, dans des plafonds propres à chaque catégorie de garantie (santé, prévoyance, retraite, perte d'emploi subie), fixés par l'article 154 bis du Code général des impôts.

Pour le dirigeant assimilé salarié, la prévoyance complémentaire peut résulter d'un contrat collectif d'entreprise, lorsque celui-ci existe et couvre le mandataire social, ou d'un contrat individuel souscrit à titre personnel.

Le cas particulier de la perte de mandat social

Ni le dirigeant assimilé salarié ni le travailleur non salarié ne bénéficient d'une couverture chômage par France Travail en cas de perte de leur mandat social. Un dispositif privé facultatif, la garantie sociale des chefs et dirigeants d'entreprise (GSC), permet de couvrir ce risque au moyen d'une cotisation d'assurance dédiée, à distinguer de la protection juridique professionnelle, qui couvre les frais liés à un litige plutôt qu'une perte de revenu.

La retraite complémentaire du dirigeant

Depuis la loi Pacte du 22 mai 2019, le plan d'épargne retraite (PER) constitue le support de référence pour se constituer une retraite complémentaire par capitalisation. Il remplace, depuis le 1er octobre 2019, les anciens contrats Madelin retraite, article 83 et PERP, qui ne sont plus commercialisés sous cette forme.

Pour un dirigeant assimilé salarié, la déduction des versements volontaires sur un PER individuel est plafonnée à 10 % des revenus professionnels de l'année précédente, retenus dans la limite de huit fois le plafond annuel de la sécurité sociale. Un PER d'entreprise, mis en place par décision de l'employeur, peut également être proposé au dirigeant lorsqu'il relève d'une catégorie de bénéficiaires éligible.

Pour le travailleur non salarié, le plafond de déduction applicable aux versements volontaires sur un PER individuel est calculé en fonction du bénéfice professionnel imposable de l'année, selon un mode de calcul propre à ce statut, généralement plus favorable que celui applicable aux salariés.

Checklist : choisir sa protection sociale complémentaire

Avant de souscrire un contrat de complémentaire santé, de prévoyance ou de retraite, ces vérifications permettent d'orienter le choix vers la solution la plus adaptée à votre statut et à vos besoins réels.

FAQ : protection sociale complémentaire du dirigeant

Un dirigeant assimilé salarié peut-il bénéficier de l'assurance chômage ?

Non, sauf exception. Le mandataire social assimilé salarié n'a pas droit aux allocations versées par France Travail au titre de son mandat. Une indemnisation reste possible uniquement s'il cumule ce mandat avec un contrat de travail distinct, caractérisé par un lien de subordination réel et des fonctions techniques séparées de son rôle de dirigeant.

Les cotisations versées dans le cadre de la loi Madelin sont-elles plafonnées ?

Oui. L'article 154 bis du Code général des impôts fixe un plafond de déduction distinct pour chaque catégorie de garantie souscrite : santé, prévoyance, retraite et perte d'emploi subie. Ces plafonds sont calculés en fonction du bénéfice professionnel imposable du travailleur non salarié.

Le plan d'épargne retraite a-t-il remplacé tous les anciens contrats de retraite complémentaire ?

Depuis le 1er octobre 2019, les contrats Madelin retraite, article 83 et PERP ne sont plus commercialisés sous leur forme d'origine. Les contrats souscrits avant cette date peuvent être conservés ou transférés vers un plan d'épargne retraite, selon le choix de leur titulaire.

Un gérant majoritaire de SARL peut-il être couvert par la mutuelle collective de son entreprise ?

Rarement. En tant que travailleur non salarié, il n'a pas la qualité de salarié au sens du droit du travail. Il ne peut se rattacher au contrat collectif de l'entreprise que si celui-ci prévoit explicitement cette possibilité pour les mandataires sociaux non salariés, ce qui reste peu fréquent en pratique.

Sources légales et réglementaires :

  1. Code de la sécurité sociale – Article L311-3
  2. Code général des impôts – Article 154 bis (loi Madelin)
  3. Service-Public.fr – Le statut social du dirigeant d'entreprise
  4. Ameli.fr – Indemnités journalières des travailleurs indépendants
  5. Service-Public.fr – Le plan d'épargne retraite (PER)