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Obligations comptables d'une SAS

Rédigé par Redlina Dernière mise à jour : 7 minutes de lecture

Dès son immatriculation, une SAS est soumise à des obligations comptables précises, quelle que soit son activité ou son chiffre d'affaires. Ces obligations ne se limitent pas à la tenue d'un fichier de dépenses et de recettes : elles imposent des documents comptables spécifiques, des comptes annuels structurés, une approbation formelle par les associés et un dépôt auprès du greffe.

Contrairement à une idée répandue, la taille de la SAS ou l'absence de chiffre d'affaires ne dispense d'aucune de ces obligations. Seul leur niveau de détail varie selon les seuils atteints par la société.

Cet article détaille les documents comptables à tenir, le contenu des comptes annuels, les étapes de leur approbation et de leur dépôt, ainsi que les sanctions encourues en cas de manquement.

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Le principe : une comptabilité obligatoire pour toute SAS

La SAS est une société commerciale. À ce titre, elle est soumise aux règles générales de comptabilité prévues par le Code de commerce, quelle que soit sa taille ou son secteur d'activité. L'article L123-12 impose à toute personne physique ou morale ayant la qualité de commerçant de procéder à l'enregistrement comptable des mouvements affectant son patrimoine, et de contrôler par inventaire l'existence et la valeur de ses éléments d'actif et de passif.

Cette obligation ne dépend ni du chiffre d'affaires réalisé, ni du nombre de salariés, ni même de l'exercice effectif d'une activité. Une SAS en sommeil, c'est-à-dire une société immatriculée mais temporairement inactive, reste tenue de respecter ses obligations comptables, même sous une forme allégée.

Cette comptabilité doit être tenue en euros et en langue française, et respecter les prescriptions du plan comptable général. Elle constitue la base à partir de laquelle sont établis les comptes annuels de la société.

Quels documents comptables tenir en cours d'exercice ?

Le Code de commerce impose la tenue de trois documents comptables distincts, dont les fonctions sont complémentaires.

Le livre-journal

Le livre-journal enregistre, jour après jour, l'ensemble des mouvements affectant le patrimoine de la SAS : ventes, achats, salaires, charges sociales, mouvements bancaires. Chaque opération y est inscrite de manière chronologique, avec la mention de son montant et de son origine.

Le grand livre

Le grand livre reprend les mêmes mouvements que le livre-journal, mais les regroupe selon le compte auquel ils se rattachent (compte fournisseurs, compte clients, compte de charges, etc.). Il permet de suivre l'évolution de chaque poste comptable indépendamment de la chronologie des opérations.

Le livre d'inventaire

Le livre d'inventaire recense, au moins une fois par exercice, l'ensemble des éléments d'actif et de passif de la société, avec leur valeur à la date de l'inventaire. Il constitue la base sur laquelle s'appuie l'établissement du bilan.

Ces documents doivent être conservés pendant dix ans à compter de la clôture de l'exercice auquel ils se rapportent, en application de l'article L123-22 du Code de commerce. Cette obligation de conservation s'impose même en cas de cessation d'activité ou de dissolution de la SAS.

L'établissement des comptes annuels

À la clôture de chaque exercice, la SAS doit établir des comptes annuels à partir de son inventaire et de sa comptabilité. Cette obligation, prévue par l'article L232-1 du Code de commerce, s'impose au président ou aux dirigeants désignés par les statuts.

Le contenu des comptes annuels

Les comptes annuels comprennent trois documents indissociables : le bilan, qui présente la situation patrimoniale de la société à la date de clôture ; le compte de résultat, qui récapitule les produits et les charges de l'exercice pour déterminer le bénéfice ou la perte ; et l'annexe, qui complète et commente les informations figurant dans le bilan et le compte de résultat. Ces documents forment ensemble la base de la liasse fiscale transmise à l'administration fiscale.

Des comptes annuels dont le niveau de détail dépend de la taille de la SAS

Le Code de commerce prévoit des allègements de présentation selon la taille de la société, appréciée à partir de trois critères : le total du bilan, le chiffre d'affaires net et le nombre moyen de salariés.

Catégorie de SAS Seuils et régime applicable
Micro-entreprise (au sens comptable) Total bilan ≤ 350 000 €, chiffre d'affaires net ≤ 700 000 €, effectif ≤ 10 salariés. Bilan et compte de résultat en présentation simplifiée.
Petite entreprise Total bilan ≤ 6 000 000 €, chiffre d'affaires net ≤ 12 000 000 €, effectif ≤ 50 salariés. Présentation simplifiée du bilan et du compte de résultat.
Moyenne ou grande entreprise Seuils de la petite entreprise dépassés. Comptes annuels complets, sans allègement de présentation.

Ces seuils s'appliquent uniquement à la présentation des comptes. Ils n'exonèrent jamais une SAS de son obligation d'établir des comptes annuels, ni de les faire approuver et déposer.

L'approbation et le dépôt des comptes annuels

Une fois établis, les comptes annuels ne produisent pas d'effet juridique tant qu'ils n'ont pas été approuvés par les associés. Dans une SAS, l'article L227-9 du Code de commerce impose que cette approbation soit prise collectivement par les associés, dans les conditions fixées par les statuts. Contrairement à la SA, la SAS conserve une certaine liberté dans la forme de cette décision : assemblée générale physique, consultation écrite ou signature d'un acte unanime, selon ce que prévoient les statuts.

Cette approbation doit intervenir dans un délai de six mois à compter de la clôture de l'exercice. Le déroulement précis de cette étape, ainsi que les documents à réunir avant la décision des associés, sont détaillés dans notre article consacré à l'approbation des comptes d'une SAS.

Une fois approuvés, les comptes annuels doivent être déposés au greffe du tribunal de commerce compétent, dans le mois qui suit leur approbation (ce délai est porté à deux mois en cas de dépôt par voie électronique). Ce dépôt rend les comptes publics et consultables par les tiers, notamment les partenaires commerciaux, les créanciers et les concurrents. La procédure complète, ses délais et les sanctions applicables sont détaillés dans notre article sur le dépôt des comptes annuels d'une SAS.

Le commissaire aux comptes : une obligation renforcée pour certaines SAS

Certaines SAS doivent, en plus de leurs obligations comptables courantes, désigner un commissaire aux comptes chargé de certifier la régularité, la sincérité et l'image fidèle de leurs comptes annuels. Cette obligation dépend du dépassement de seuils fixés par le Code de commerce, ou de situations particulières comme le contrôle d'une ou plusieurs sociétés.

Lorsqu'un commissaire aux comptes est désigné, sa mission s'étend à l'ensemble du processus comptable : il vérifie les documents comptables, contrôle les comptes annuels avant leur approbation et établit un rapport présenté aux associés. Les conditions précises de cette obligation sont détaillées dans notre article sur le commissaire aux comptes en SAS.

Checklist : respecter ses obligations comptables en SAS

Voici les points à vérifier pour s'assurer qu'une SAS respecte l'ensemble de ses obligations comptables tout au long de l'exercice.

Que risque une SAS qui ne respecte pas ses obligations comptables ?

L'absence de comptabilité régulière ou le défaut d'établissement des comptes annuels expose la société et ses dirigeants à plusieurs types de conséquences.

Sur le plan civil, tout intéressé peut demander en justice que le président soit contraint, sous astreinte, d'établir et de déposer les comptes annuels manquants. Sur le plan pénal, le défaut de dépôt des comptes au greffe peut être sanctionné d'une amende de 1 500 €, portée à 3 000 € en cas de récidive, conformément à l'article R247-3 du Code de commerce.

Au-delà de ces sanctions directes, une comptabilité irrégulière fragilise la société sur plusieurs plans : elle complique l'accès au crédit bancaire, expose le dirigeant à un risque accru en cas de contrôle fiscal, et peut constituer un élément à charge en cas de procédure collective, notamment pour caractériser une faute de gestion.

FAQ : obligations comptables d'une SAS

Une SAS sans activité doit-elle quand même tenir une comptabilité ?

Oui. L'obligation comptable découle de l'immatriculation de la société, indépendamment de son activité réelle. Une SAS en sommeil doit établir des comptes annuels, même simplifiés, et les déposer au greffe chaque année.

Le président de la SAS peut-il tenir lui-même la comptabilité ?

Aucun texte n'impose de confier la comptabilité à un expert-comptable. Le président peut la tenir lui-même, à condition de respecter les règles du plan comptable général. En pratique, le recours à un professionnel reste vivement recommandé dès que l'activité se complexifie.

Une SAS peut-elle tenir sa comptabilité en devise étrangère ?

Non. L'article L123-22 du Code de commerce impose la tenue de la comptabilité en euros et en langue française. Cette règle s'applique même lorsque la SAS réalise l'essentiel de son activité à l'étranger.

Que deviennent les documents comptables en cas de dissolution de la SAS ?

L'obligation de conservation pendant dix ans persiste après la dissolution. Elle incombe au liquidateur pendant les opérations de liquidation, puis à la personne désignée pour conserver les archives sociales une fois la société radiée.

Sources légales et réglementaires :

  1. Code de commerce – Article L123-12
  2. Code de commerce – Article L123-22
  3. Code de commerce – Article L232-1
  4. Code de commerce – Article L227-9
  5. Code de commerce – Article R247-3
  6. Service-Public.fr – Comptes annuels d'une société